Dès 2065, la quasi-totalité du continent africain pourrait basculer dans un état de chaleur extrême quasi permanent, avec des vagues de chaleur s’étendant sur 250 à 300 jours par an. C’est la conclusion alarmante d’une étude publiée le 7 janvier 2026 dans la revue scientifique Communications Earth & Environment. Selon ce rapport, intitulé « Coupled climate–land-use interactions modulate projected heatwave intensification across Africa », ces épisodes de températures caniculaires ne seront plus des exceptions mais la norme, transformant durablement les conditions de vie sur le continent.
L’étude, menée par une équipe de chercheurs africains et occidentaux, repose sur l’analyse croisée de dix modèles climatiques mondiaux, ajustés pour refléter les spécificités des neuf régions climatiques africaines, du Sahara à l’Afrique australe. En utilisant l’intelligence artificielle, les scientifiques ont pu quantifier l’impact combiné de la hausse des températures, de l’humidité, du vent et de l’utilisation des sols. Les projections sont sans appel : si la période historique (1979-2014) servait de référence pour des vagues de chaleur occasionnelles, la période 2065-2100 marquera une rupture radicale. La région Ouest de l’Afrique australe pourrait voir la durée de ces épisodes multipliée par plus de douze.
Ce basculement s’explique par une conjugaison de facteurs globaux et locaux. Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre restent le moteur principal du réchauffement, le rapport met en lumière le rôle critique et jusqu’ici sous-estimé des changements d’occupation des sols. La déforestation massive, notamment au profit de terres agricoles, modifie profondément les échanges entre la terre et l’atmosphère. Là où les forêts agissaient comme des « climatiseurs naturels » en maintenant un taux d’humidité et une température plus stables, leur disparition transforme les sols en véritables pièges à chaleur, emmagasinant l’énergie le jour et la restituant la nuit.
Les perspectives offertes par ces données dessinent un avenir où le thermomètre dictera de nouvelles contraintes. Avec 250 à 300 jours de chaleur extrême par an, seules les régions méditerranéennes et malgaches pourraient connaître une relative accalmie. Pour le reste du continent, cela signifie une pression inédite sur les systèmes de santé, l’agriculture, les ressources en eau et la biodiversité. L’habitabilité de certaines zones pourrait être remise en question, forçant des populations entières à l’exode bien avant que le niveau des océans ne monte.
Face à ce constat, les auteurs du rapport n’appellent pas seulement à une réduction drastique des émissions de carbone au niveau mondial. Ils insistent sur l’urgence d’agir localement en protégeant et restaurant les écosystèmes forestiers. L’étude démontre que chaque hectare de forêt préservé est un rempart contre l’intensification des chaleurs extrêmes. Dans un scénario où les engagements climatiques internationaux peinent à se concrétiser, la sauvegarde des poumons verts du continent apparaît comme l’un des leviers les plus puissants et les plus immédiats pour éviter que l’Afrique ne devienne, d’ici 2065, une étuve inhabitable pendant la majeure partie de l’année.



