Le cauchemar tunisien a pris fin à Monterrey. Balayée 4-0 par un Japon clinique et impitoyable, la sélection nord-africaine est officiellement éliminée de la Coupe du monde 2026, ne laissant derrière elle que l’image d’une équipe résignée, sans révolte ni idée de jeu. Ce fiasco, le deuxième en trois matches, scelle une campagne désastreuse et pose une fois de plus la question du plafond de verre du football tunisien sur la scène internationale.
La messe était dite dès la quatrième minute. Daichi Kamada, le milieu de Crystal Palace, ouvrait le score et offrait aux Samouraïs Bleus un boulevard pour dérouler leur football de transition. Avant la demi-heure, Ayase Ueda doublait la mise sur une action où la passivité de la défense tunisienne confinait à l’abdication. En seconde période, Junya Ito et un nouveau but d’Ueda alourdissaient l’addition, portant le score à 4-0. Les Aigles de Carthage n’ont cadré aucune de leurs deux tentatives, une statistique qui résume à elle seule l’abîme technique et mental qui les sépare des nations majeures. Le match, célébré comme le millième de l’histoire de la compétition, restera pour la Tunisie une date funeste.
Ce naufrage intervient dans une tempête qui secoue la Tunisie depuis son entrée en lice. La déroute initiale face à la Suède (1-5) avait déjà coûté sa tête au sélectionneur Sabri Lamouchi, limogé dans l’urgence. La Fédération tunisienne a alors joué sa dernière carte en pariant sur Hervé Renard, technicien français au CV ronflant, arrivé au Mexique mardi seulement pour tenter l’impossible électrochoc. Ce pari a tourné au fiasco. En deux matches, Renard n’a pas eu le temps d’insuffler un plan de jeu cohérent, mais l’absence de réaction collective, la fébrilité défensive et la pauvreté offensive relevaient bien d’un mal structurel bien antérieur à son intronisation.
Pour la Tunisie, l’horizon est désormais vide de tout enjeu sportif. Le dernier match face aux Pays-Bas, leader du groupe F, ne sera qu’une formalité douloureuse, une sortie par la petite porte où il s’agira simplement de sauver l’honneur et d’éviter une humiliation supplémentaire. Ce rendez-vous sans lendemain sera aussi le théâtre d’un premier bilan pour Hervé Renard, dont la mission à long terme reste floue : repartira-t-il avec l’équipe éliminée ou entamera-t-il une refonte profonde pour les échéances futures ? De son côté, le Japon, reboosté par ce succès, jouera sa place en huitièmes de finale contre la Suède dans un duel qui s’annonce décisif et à sa portée.
Le constat d’Hervé Renard, en zone mixte, était d’une honnêteté crue. “Le moral, c’est difficile”, a-t-il lâché, pointant l’incapacité de ses joueurs à ressortir proprement le ballon en première période et leur “softness” défensive en seconde. Un aveu d’impuissance rare chez ce technicien habitué aux exploits. L’ancien sélectionneur du Maroc et des Bleues a toutefois tenté de protéger son groupe, évoquant la supériorité évidente de l’adversaire. Mais au-delà de la courtoisie, ses mots laissaient transparaître une vérité amère : cette équipe tunisienne, vieillissante sur certains postes et démunie dans l’animation offensive, a touché le fond du gouffre.
L’organisation même de la préparation est désormais pointée du doigt. Alors que le Japon affichait une cohésion et un rythme élogieux, la Tunisie a paru en décalage permanent, aussi bien physiquement que tactiquement. Le changement d’entraîneur en pleine compétition, mesure désespérée, n’a eu d’autre effet que de brouiller un peu plus les repères. Ce 0-4 face aux Samouraïs Bleus est le symbole d’une annus horribilis pour le football tunisien, qui devra, une fois les valises bouclées au Mexique, se livrer à une introspection douloureuse sur son modèle de formation, son attractivité et sa capacité à rivaliser avec les cadres du football mondial.



