Le Botswana, première nation africaine productrice de diamants, négocie avec les Émirats arabes unis et Oman pour financer l’acquisition d’une participation stratégique dans De Beers. Cette maison cent trente huit ans, symbole de la domination occidentale sur le marché diamantaire, est mise en vente par son actionnaire majoritaire, le britannique Anglo American. Une opération d’envergure qui pourrait redessiner les équilibres globaux du secteur.
Le président Duma Boko a confirmé des discussions avec les deux monarchies du Golfe, selon Bloomberg. L’objectif : saisir la fenêtre ouverte par Anglo American, qui se sépare de ses 85 % dans De Beers après avoir repoussé une OPA hostile de 49 milliards de dollars l’an dernier. Le britannique recentre ses activités sur le cuivre et le fer, deux minerais clés pour la transition énergétique. Pour Gaborone, qui détient déjà 15 % du capital, monter à la majorité signifierait contrôler enfin la valorisation, le marketing et la commercialisation de sa propre production.
Les diamants représentent encore 80 % des recettes d’exportation du Botswana et près d’un quart de son PIB. Depuis l’indépendance, le partenariat avec De Beers a été présenté comme un modèle africain de partage des richesses, transformant l’un des pays les plus pauvres des années 1960 en économie à revenu intermédiaire supérieur. Mais cette dépendance unique expose aujourd’hui le pays à la violence des chocs externes. L’effondrement de la demande chinoise, l’essor des diamants de laboratoire et l’incertitude commerciale mondiale ont fait chuter les prix du naturel, réduisant les revenus fiscaux et entraînant un déclassement de la note souveraine par S&P Global Ratings plus tôt dans l’année.
Sans partenaires financiers solides, le Botswana ne peut pas mener seul cette acquisition. Les fonds souverains émiratis et omanais, déjà très actifs dans les infrastructures et l’extraction minière en Afrique, apportent les liquidités nécessaires. En échange, ils obtiendraient un pied dans une industrie stratégique, en plein bouleversement. Mais à quel prix ? Une prise de contrôle majoritaire par Gaborone, avec des capitaux du Golfe, modifierait profondément les équilibres historiques de De Beers, jusqu’ici pilotée depuis Londres. Cela pourrait aussi ouvrir la voie à une renégociation des accords de vente et de tri, avec des conséquences pour les autres pays producteurs.
Le Botswana ne se tourne pas uniquement vers le Moyen Orient. Duma Boko a également approché l’Angola et la Namibie, deux voisins producteurs, pour tenter de constituer un front régional. L’idée est de peser collectivement face aux acheteurs et aux centres de négoce historiques, Anvers, Tel Aviv, Dubaï. Mais les intérêts nationaux divergent. Luanda et Windhoek pourraient préférer une solution de compromis plutôt qu’une mainmise botswanaise, d’autant que De Beers opère aussi sur leurs territoires. La partie est loin d’être gagnée.
Reste une question que peu de responsables veulent entendre : à quoi sert de prendre le contrôle d’un mastodonte affaibli ? De Beers reste une marque puissante, mais le marché du diamant naturel ne retrouvera peut être jamais ses sommets. La concurrence des pierres synthétiques, moins chères et sans faille éthique, progresse chaque année. S’endetter ou diluer sa souveraineté auprès du Golfe pour racheter un modèle économique qui vacille pourrait s’avérer un mauvais calcul. Le Botswana, en voulant écrire son propre destin, risque de payer très cher une gloire passée.



