Dans un revirement diplomatique notable, le président américain Donald Trump a annoncé, mercredi 7 janvier, qu’il recevrait son homologue colombien Gustavo Petro à la Maison-Blanche « dans un futur proche ». Cette invitation fait suite à un premier entretien téléphonique entre les deux dirigeants, après des mois d’invectives mutuelles et de menaces américaines de frappes militaires en territoire colombien.
L’appel, initié par Gustavo Petro, avait pour objet « la situation concernant les drogues et d’autres désaccords », selon la version de Donald Trump publiée sur sa plateforme Truth Social. Le président américain a affirmé avoir « apprécié son ton ». Cette conversation intervient dans un climat extrêmement tendu. Washington avait retiré en septembre la Colombie de sa liste des pays coopérant contre le trafic de stupéfiants et inscrit personnellement Petro sur une liste noire pour complicité présumée. Donald Trump l’avait récemment traité publiquement de « narcoterroriste ».
Cette escalade verbale s’inscrit dans le cadre de la politique de pression maximale de l’administration Trump en Amérique latine, particulièrement à l’encontre des gouvernements de gauche. Gustavo Petro, élu en 2022, est un critique frontal de cette politique. Il a notamment dénoncé avec véhémence la reconnaissance par Washington de l’opposant vénézuélien Juan Guaidó comme président par intérim, qualifiant cette décision d’illégale. Les accusations de « narcoterrorisme » de Trump répondaient en partie à ces prises de position, créant une crise bilatérale inédite entre les deux alliés historiques.
L’invitation à Washington suggère une désescalade immédiate. Selon Sergio Guzman, analyste en risque politique, « le risque d’une intervention militaire diminue significativement » après cet échange. Pour la Colombie, l’objectif sera de rétablir un dialogue officiel pour sortir des listes noires américaines et préserver sa souveraineté. Du côté américain, l’administration Trump pourrait chercher à éviter l’ouverture d’un nouveau front diplomatique conflictuel dans la région, tout en cherchant à obtenir des garanties sur la lutte antidrogue, un pilier de sa politique étrangère.
La séquence a été habilement utilisée sur le plan politique intérieur par Gustavo Petro. Alors que des centaines de milliers de Colombiens manifestaient à son appel « en défense de la souveraineté nationale » face aux menaces américaines, le président a lu devant la foule à Bogota le message conciliant de Trump, le présentant comme une victoire diplomatique. Ce moment a renforcé sa posture de leader défendant la dignité nationale.
Cependant, les analystes restent prudents. La nature imprévisible de la diplomatie de l’administration Trump et la persistance des contentieux, notamment sur la politique antidrogue et les relations de la Colombie avec le Venezuela, laissent planer des doutes sur la pérennité de cette détente. La rencontre à la Maison-Blanche, si elle a lieu, sera le véritable test. Elle devra concilier les exigences américaines en matière de sécurité et la volonté colombienne de mener une politique extérieure indépendante et une approche différenciée du problème des stupéfiants, loin du paradigme purement répressif promu par Washington.



