La République démocratique du Congo officialise la candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’OIF. Dans la nuit du 26 au 27 février, Kinshasa a jeté un pavé dans la mare diplomatique en annonçant le nom de sa championne pour succéder à Louise Mushikiwabo au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie. Le choix s’est porté sur Juliana Lumumba, fille du père de l’indépendance Patrice Lumumba et ancienne ministre de la Culture, une figure au parcours intellectuel solide et à la symbolique lourde.
Âgée de 71 ans, cette polyglotte – elle maîtrise le français, l’anglais, l’arabe, le swahili, le lingala et possède des notions de russe – incarne un profil singulier. Formée à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, elle a d’abord été journaliste une dizaine d’années avant d’entrer en politique comme vice-ministre de l’Information puis ministre de la Culture. Son expérience dépasse les cercles purement politiques : de 2007 à 2015, elle a dirigé l’Union des chambres de commerce africaines au Caire, lui donnant une vision concrète des enjeux économiques du continent. Pour le ministre de la Communication Patrick Muyaya, sa candidature incarne une francophonie « plus solidaire, plus proche des peuples », portée par le pays comptant le plus grand nombre de francophones au monde.
Cette annonce ne peut se lire hors du contexte des tensions acérées entre Kinshasa et Kigali. L’actuelle secrétaire générale sortante, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat, et la rivalité entre les deux pays, alimentée par l’instabilité dans l’Est congolais, se transpose désormais sur la scène francophone. En choisissant une Lumumba, la RDC ne se contente pas de proposer une technocrate ; elle oppose à la diplomatie rwandaise un symbole historique puissant, celui d’un martyr de l’indépendance congolaise, dont l’héritage continue de peser dans les mémoires et les rapports de force régionaux.
🇨🇩 COMMUNIQUÉ OFFICIEL
La République Démocratique du Congo présente la candidature de Madame Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de la Francophonie (OIF).
Un choix stratégique pour porter une Francophonie plus forte, solidaire et influente au service des… pic.twitter.com/8k5s3QbwfG
— Ministère de la Communication et Médias/RDC (@Com_mediasRDC) February 27, 2026
La perspective d’une élection se dessine donc sous haute tension. La candidature de Juliana Lumumba, officialisée au lendemain d’un déjeuner à Paris entre Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron, laisse entendre que le chef de l’État congolais a activé ses réseaux pour préparer le terrain. La France, pays hôte de l’OIF, jouera un rôle clé dans les arbitrages, d’autant que l’organisation cherche un second souffle. Si Louise Mushikiwabo peut compter sur le soutien de nombreux chefs d’État africains et sur un bilan qu’elle juge solide, la candidature congolaise espère capitaliser sur un désir de renouveau et sur l’attrait d’une personnalité au parcours non partisan.
Le casting final n’est pas encore figé. Selon des informations concordantes, la short-list de Kinshasa comprenait d’autres poids lourds comme Christophe Lutundula, Freddy Matungulu ou Vital Kamerhe. Le choix de Juliana Lumumba, après des consultations accélérées, marque une volonté de transcender les clivages politiques classiques pour rassembler autour d’un nom qui parle au-delà des frontières de la RDC. Reste à savoir si ce capital symbolique et ce profil de “francophonie des peuples” qu’elle appelle de ses vœux suffiront à faire pencher la balance face à la machine diplomatique rwandaise et aux jeux d’alliances complexes du Sommet de la Francophonie, prévu dans les prochains mois.



