L’enquête sur la fusillade qui a secoué Montréal lundi s’oriente vers une hypothèse préoccupante : le tireur aurait délibérément ciblé les bureaux d’Aylo, la société propriétaire du site Pornhub. Installé à la fenêtre d’un hôtel situé face à l’immeuble de l’entreprise, l’homme a ouvert le feu avec une carabine de précision équipée d’une lunette de visée. Plusieurs vitres ont été soufflées par les tirs avant que la situation ne dégénère en un affrontement armé avec les forces de l’ordre. Le bilan est lourd : trois morts, dont un policier, le suspect lui-même et un commerçant touché lors de l’intervention policière.
Selon plusieurs sources proches du dossier, les enquêteurs examinent sérieusement la possibilité que l’assaillant se soit rendu à Montréal avec l’intention précise de viser l’entreprise. Après avoir tiré depuis sa chambre d’hôtel, il est descendu dans la rue où il a poursuivi son attaque contre les policiers arrivés sur les lieux. Les employés d’Aylo auraient été immédiatement confinés dans leurs bureaux à la suite des premiers coups de feu. L’entreprise n’a pas souhaité commenter ces informations, invoquant l’enquête en cours.
Les autorités ont découvert un manifeste de 105 pages attribué au tireur, originaire de l’Alberta. Le document, transmis à plusieurs médias avant l’attaque, désigne une longue liste de cibles accusées de profiter du système économique et social actuel. Les entreprises de pornographie y occupent une place centrale. Le texte évoque également des groupes aussi divers que les banquiers, les promoteurs immobiliers, les chirurgiens plastiques, les responsables politiques et les hommes qualifiés de « mâles alpha ». Les enquêteurs s’intéressent notamment à une possible influence de l’idéologie dite « incel », un courant extrémiste associé à des discours misogynes et à des actes de violence.

L’alerte a été donnée peu après 11 h 30 lorsqu’un citoyen a signalé la présence d’un homme armé dans un hôtel du quartier Côte-des-Neiges. À l’arrivée des policiers, le suspect a ouvert le feu. Les échanges de tirs se sont poursuivis pendant plusieurs minutes dans un environnement urbain dense. Des témoins ont rapporté avoir entendu plusieurs dizaines de détonations. Des vidéos tournées sur place montrent un homme vêtu d’un uniforme de camouflage, muni d’armes longues et de munitions, affrontant les policiers à courte distance.
Parmi les premiers intervenants figuraient deux jeunes policiers du Service de police de la Ville de Montréal. L’agent Mohamed Lamine Benredouane, âgé de 34 ans, a été mortellement atteint lors de l’échange de tirs. Sa partenaire, grièvement blessée quelques instants plus tard, a été transportée à l’hôpital où son état s’est stabilisé. Au milieu de la confusion, un commerçant de 68 ans s’est retrouvé dans la ligne de tir. Selon les premiers éléments de l’enquête, il aurait été touché par une balle policière alors qu’il se trouvait à proximité de la scène. Le Bureau des enquêtes indépendantes devra établir avec précision les circonstances de ce décès.
Plus de 550 policiers ont été mobilisés pour sécuriser le secteur, bouclé pendant plusieurs heures. Les autorités ont également diffusé une alerte d’urgence invitant les résidents à rester confinés. Dans la chambre d’hôtel du suspect, les enquêteurs ont saisi une carabine de précision, un trépied, une lunette de visée ainsi qu’un exemplaire du manifeste. Tandis que la Sûreté du Québec poursuit l’enquête criminelle, le Bureau des enquêtes indépendantes examinera le déroulement de l’intervention policière. Au-delà du drame humain, cette attaque relance le débat sur la radicalisation idéologique, la sécurité des forces de l’ordre et la prévention des actes de violence ciblée au Canada.



