Selon le rapport annuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), la consommation continentale a atteint 185 milliards de mètres cubes, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024. Une progression tirée par le secteur résidentiel et électrique, alors que près de 600 millions d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité.
L’Afrique du Nord, avec l’Algérie et l’Égypte, concentre l’essentiel de la demande. En Afrique subsaharienne, le Nigeria et quelques marchés émergents du GNL tirent leur épingle du jeu grâce à de nouvelles infrastructures de regazéification. Mais les goulots d’étranglement persistent : les réseaux électriques restent fragiles, et l’accès au gaz pour les ménages les plus pauvres demeure marginal. Le secteur de l’électricité, dopé par l’urbanisation rapide, est le premier moteur de cette demande.
L’Afrique dispose d’abondantes réserves de gaz, mais en exporte une large part sous forme liquéfiée vers l’Europe et l’Asie, tandis que sa propre population étouffe sous le bois, le charbon de bois ou le kérosène. L’industrialisation du continent, notamment la pétrochimie et la production d’engrais, a soutenu la demande, surtout en Algérie, en Égypte et au Nigeria. Mais aucune politique énergétique panafricaine ambitieuse n’a encore réussi à faire basculer l’équilibre entre extraction exportatrice et consommation locale.
Le GECF prévoit 188 milliards de m³ consommés, soit une croissance limitée à 1,6 %. En cause : l’accélération du déploiement des énergies renouvelables, qui commence à concurrencer le gaz sur certains segments. Mais surtout, le gaz reste présenté comme un “combustible de base fiable” pour compenser l’intermittence solaire et éolienne. En clair, l’Afrique ne va pas remplacer le gaz par le vert demain. Elle va les coupler, avec le risque de verrouiller des infrastructures fossiles pour des décennies.
Elle a progressé de 2,5 % en 2025, atteignant 262 milliards de m³, soit 6,2 % du total mondial. Cette inversion de tendance après une baisse en 2024 est portée par l’Afrique subsaharienne : Nigeria, Angola, et le projet transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim entre le Sénégal et la Mauritanie. Ces gains ont compensé le déclin égyptien, où le gisement géant de Zohr montre des signes d’épuisement. Une leçon brutale : même les mastodontes gaziers africains ne sont pas à l’abri de la physique des réservoirs.
Avec 185 milliards de m³, elle se classe au sixième rang mondial, loin derrière l’Amérique du Nord (1 169 milliards), l’Asie-Pacifique (977 milliards) ou l’Eurasie (678 milliards). Mais sa croissance à 4 % dépasse largement la moyenne mondiale (1,2 %). Ce rattrapage, s’il se confirme, pose une question de fond : le gaz africain servira-t-il enfin à éclairer les foyers et à cuisiner proprement, ou restera-t-il une matière première exportée, alimentant les industries sans toucher les vies ? La réponse engage la souveraineté énergétique du continent.



