Le gouvernement ghanéen, par l’intermédiaire de sa Commission des valeurs mobilières, a drastiquement restreint la capacité des fonds d’investissement locaux à placer leur argent à l’étranger. Une circulaire, émise récemment, fixe désormais un plafond maximal de 20 % des actifs sous gestion pouvant être investis en titres étrangers pour tout nouveau fonds enregistré. Cette mesure, qui s’apparente à un contrôle des capitaux, vise explicitement à retenir les dollars dans le pays et à soutenir la monnaie nationale, le cedi.
Le détail de la réglementation est sévère. Elle ne se contente pas de brider les nouveaux entrants. Même les fonds existants, qui bénéficiaient auparavant d’autorisations pour investir jusqu’à 100 % de leurs actifs à l’étranger, voient leurs libertés réduites. Ils sont désormais contraints de rapatrier une partie de leurs avoirs pour ne pas dépasser un seuil de 70 % d’exposition aux marchés étrangers. Cette disposition contraint les gestionnaires à revoir en profondeur la structure de leurs portefeuilles, favorisant de force les investissements dans l’économie ghanéenne.
Cette décision s’inscrit dans un contexte économique national tendu, marqué par une inflation élevée et une dépréciation chronique du cedi. Ces dernières années, le Ghana a traversé une grave crise de la dette, ayant même temporairement fait défaut sur sa dette extérieure en 2022 avant d’atteindre un accord avec ses créanciers dans le cadre du Fonds monétaire international. La fuite des capitaux et la dollarisation informelle de l’économie ont été des phénomènes récurrents, érodant les réserves de change de la Banque centrale et affaiblissant la politique monétaire. La nouvelle règle de la Securities and Exchange Commission est un instrument direct pour lutter contre cette hémorragie.
La perspective immédiate est claire : Accra cherche à reconstituer ses boucliers financiers. Le président John Dramani Mahama a lui-même fixé, le 6 février, un objectif ambitieux de réserves de change de 20 milliards de dollars d’ici 2029. L’idée est de “blinder” l’économie face aux chocs externes. En retenant les capitaux, le gouvernement espère stabiliser le cedi, retrouver une marge de manœuvre pour honorer ses engagements internationaux et restaurer la confiance des investisseurs, trop souvent découragés par la volatilité monétaire.
Cependant, cette politique interventionniste comporte des risques significatifs. Elle pourrait être perçue négativement par la communauté financière internationale comme un retour en arrière protectionniste, entravant la libre circulation des capitaux. Les gestionnaires de fonds locaux, dont les stratégies de diversification et de rendement pour leurs clients sont soudainement limitées, pourraient voir leur compétitivité affectée. Cette mesure soulève aussi la question de la capacité de l’économie ghanéenne à absorber efficacement ces capitaux forcément domestiqués, sans générer de l’inflation dans des secteurs d’actifs spécifiques comme la bourse locale ou l’immobilier.
En définitive, cette manoeuvre illustre le dilemme des pays africains aux économies fragiles. Pris entre la nécessité d’attirer et de rassurer les investisseurs internationaux par un marché ouvert, et l’impératif urgent de stabiliser leur monnaie et leur économie face à des chocs exogènes, ils sont parfois contraints de prendre des mesures autoritaires de court terme. Le succès de cette stratégie ghanéenne dépendra de sa durée d’application et de sa capacité à être complétée par des réformes structurelles attractives. Si elle permet effectivement de reconstituer les réserves sans étouffer l’innovation financière, elle pourrait être considérée comme un mal nécessaire. Dans le cas contraire, elle risquerait d’isoler progressivement le marché financier ghanéen.



