Une trentaine de soldats européens, issus de sept pays de l’OTAN, sont en cours de déploiement au Groenland. Cette présence militaire, symbolique en volume, constitue une réponse politique à la récente pression des États-Unis sur ce territoire autonome danois, dont Washington convoite les ressources stratégiques et la position géopolitique.
Le contingent, dont le nombre total est estimé à 34 militaires, se compose principalement de forces françaises et allemandes. La France a annoncé l’arrivée d’un premier groupe de 15 soldats et le déploiement imminent de moyens terrestres, maritimes et aériens supplémentaires. L’Allemagne a pour sa part envoyé 13 militaires. Ils sont rejoints par des officiers de la Norvège, de la Finlande, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Suède, cette dernière n’ayant pas précisé son effectif.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions latentes autour du statut du Groenland. Le territoire, sous souveraineté danoise, dispose d’une large autonomie et constitue un enjeu majeur dans la compétition arctique, en raison du réchauffement climatique qui ouvre de nouvelles voies maritimes et facilite l’accès à d’immenses ressources minérales et énergétiques. Les États-Unis, qui y disposent déjà de la base aérienne de Thulé, ont réaffirmé à plusieurs reprises leurs intérêts stratégiques et économiques dans la région, suscitant des inquiétudes à Copenhague et dans certaines capitales européennes sur le respect de la souveraineté danoise.
À court terme, ce déploiement vise à envoyer un signal politique clair de solidarité européenne avec le Danemark. Cependant, sa portée opérationnelle est marginale face aux capacités militaires américaines présentes dans l’Arctique. L’enjeu sera de voir si cette initiative se limite à une démonstration ponctuelle ou si elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie européenne plus durable pour l’Arctique, pouvant inclure des exercices conjoints, des investissements dans les capacités de surveillance ou une coordination politique renforcée. L’attitude future des États-Unis, qui pourraient voir cette démarche comme une provocation inutile ou un rappel nécessaire des équilibres de l’Alliance, sera déterminante.
Cette mobilisation européenne n’est pourtant pas unanime. Des divisions transparaissent déjà. L’Espagne a adopté une position prudente, n’excluant pas une participation tout en mettant en garde contre des conclusions hâtives, reflétant peut-être une réticence à s’engager dans un différend transatlantique. Plus nettement, la Pologne a choisi de ne pas envoyer de militaires, un choix qui pourrait s’expliquer par sa priorité stratégique absolue accordée à la relation avec Washington et par sa vulnérabilité perçue face à la Russie, la rendant réticente à soutenir une initiative pouvant déplaire aux Américains.
Au-delà du symbole, cette affaire soulève des questions fondamentales sur l’autonomie stratégique européenne et la cohésion de l’OTAN. Elle met en lumière la difficulté pour l’Union européenne de définir une posture commune face aux actions unilatérales d’un partenaire allié dominant. La réaction, bien que modeste, marque une volonté de certains États membres de ne pas laisser le champ libre à Washington dans une région dont l’importance géostratégique ne fait que croître. Pour le Groenland lui-même, cette présence militaire étrangère accrue, même limitée, réactive le débat sur son statut final et sa capacité à maîtriser son propre destin entre le Danemark, l’Europe et les puissances globales.



