La Guinée a décidé de frapper un grand coup sur son marché aurifère. Le président Mamady Doumbouya a officiellement interdit l’exportation de l’or brut extrait sur le sol national, imposant désormais que tout le métal jaune soit raffiné localement avant de quitter le pays. Cette mesure, annoncée à l’issue d’une réunion avec les acteurs du secteur, marque un tournant dans la politique minière du pays, qui entend capter davantage de valeur ajoutée sur ses richesses souterraines.
Concrètement, l’or guinéen devra être transformé en lingots dans une nouvelle usine implantée à Conakry, la capitale, avant d’être certifié et expédié vers les marchés internationaux. Le chef de l’État a été ferme : tout opérateur qui persisterait à exporter de l’or non raffiné s’expose à la suspension de sa licence et à la résiliation de son contrat minier. Cette décision vise à mettre fin à une pratique ancienne qui voyait le métal précieux quitter le pays sous sa forme la plus brute pour être traité, valorisé et commercialisé à l’étranger, privant la Guinée d’une part substantielle des retombées économiques.
La Guinée n’est pas un novice en matière de ressources. Deuxième réserve d’or d’Afrique de l’Ouest, le pays est déjà le premier fournisseur mondial de bauxite. Mais cette nouvelle orientation s’inscrit dans une tendance continentale plus large : celle de la souveraineté sur les matières premières. Le pays imite en cela le Zimbabwe, qui, plus tôt dans l’année, avait suspendu les exportations de concentrés de lithium. Harare justifiait alors sa décision par des « malversations » et des « fuites » dans le circuit d’exportation, plaidant pour une meilleure traçabilité et une plus grande responsabilité. Conakry semble vouloir emprunter la même voie, en répondant à une exigence de transparence et de contrôle de sa filière aurifère.
Cette interdiction brutale soulève néanmoins des questions sur sa mise en œuvre et ses effets à court terme. La capacité de l’usine de Conakry à absorber l’intégralité de la production nationale, estimée à plus de 22 tonnes au premier trimestre, n’est pas certaine. Les acteurs artisanaux et semi-industriels, qui représentent une part importante de l’extraction, pourraient se retrouver sous pression. Si le pari réussit, la Guinée pourrait à terme fixer ses propres prix, attirer des investisseurs dans le raffinage et réduire sa dépendance aux circuits commerciaux extérieurs. Mais en cas de goulot d’étranglement, cette politique pourrait alimenter la contrebande et fragiliser l’équilibre précaire du secteur.
L’annonce présidentielle a été relayée par la Radio Télévision Guinéenne, soulignant son caractère solennel et politique. Doumbouya a martelé que l’or doit être « fondu, certifié et transformé en Guinée » avant toute exportation, une formule qui résonne comme un manifeste économique. Les opérateurs miniers, comme la Société Aurifère de Guinée (filiale d’AngloGold Ashanti), sont désormais sommés de revoir leur chaîne logistique. Dans les faits, ce décret modifie profondément l’écosystème minier, en transférant le pouvoir de la production vers la transformation, et en posant la question de la formation technique et des infrastructures énergétiques nécessaires.
Par ailleurs, cette décision pourrait inspirer d’autres pays producteurs d’Afrique de l’Ouest, où la tentation de contrôler davantage les chaînes de valeur est grandissante. Le précédent zimbabwéen, bien que récent, montre que les États sont prêts à assumer des ruptures commerciales pour asseoir leur souveraineté. Toutefois, l’efficacité de ces mesures dépendra de la capacité des autorités guinéennes à lutter contre la fraude, à moderniser leur appareil de contrôle et à offrir des débouchés stables aux producteurs locaux. La route est encore longue, mais la Guinée a posé un jalon clair dans sa stratégie de valorisation des ressources naturelles.



