Le Comité exécutif de la Confédération africaine de football a décidé à l’unanimité de rétablir la Coupe d’Afrique des Nations sur un cycle biennal. Un revirement qui met fin à une année de flottement et révèle les tensions entre intérêts sportifs, financiers et politiques.
La Confédération africaine de football (CAF) a annoncé vendredi 30 octobre que la Coupe d’Afrique des Nations se tiendrait de nouveau tous les deux ans. La décision, prise à l’unanimité par son Comité exécutif, enterre le passage à un cycle quadriennal adopté l’année précédente. La prochaine édition reste fixée à 2027, coorganisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.
Ce changement de cap ne surprend guère. Patrice Motsepe, président de la CAF, avait lui-même annoncé au début du mois que l’instance réexaminerait la décision de 2025. Dans le communiqué publié vendredi, il justifie ce retour en arrière par des préoccupations financières. La Ligue des nations panafricaine, censée compenser la raréfaction de la CAN et générer des recettes substantielles, n’était pas prête. Motsepe évoque la nécessité de rendre les compétitions africaines « compétitives à l’échelle mondiale et financièrement autonomes ». Le calendrier retenu prévoit des éditions en 2027, 2028, 2031 et 2033, avec un intervalle de trois ans entre 2028 et 2031 pour éviter la concurrence avec le Mondial 2030.
Le passage à une CAN quadriennale, acté en décembre 2025, avait été largement interprété comme une concession aux intérêts de la FIFA et des clubs européens, soucieux de réduire la charge pesant sur les joueurs africains. Cette réforme devait s’accompagner de la création d’une Ligue des nations africaine, présentée comme un substitut crédible. Mais l’absence de calendrier précis et de financement consolidé pour cette nouvelle compétition a nourri les critiques. La CAF se retrouvait dans une position délicate : priver le continent de sa compétition phare sans garantie de compensation économique.
Le retour à un cycle biennal n’est pas sans arrière-pensées électorales. Gernot Rohr, sélectionneur du Bénin, le reconnaît sans détour : les élections à la présidence de la FIFA, prévues en mars 2027, pèsent sur la décision. « Infantino a besoin des votes des pays africains pour se faire réélire. Du coup, ça va dans le bon sens pour lui », confie-t-il à RFI. Sur le plan économique, la CAN représente une manne financière considérable pour la CAF et ses membres. La dernière édition au Maroc a généré des retombées substantielles, redistribuées aux fédérations nationales. Un argument que Motsepe ne peut ignorer.
L’ancien gardien des Lions indomptables ne cache pas sa satisfaction. Pour Joseph-Antoine Bell, la décision de 2025 relevait de l’imposture. « On a toujours joué en Afrique tous les deux ans et ça ne gênait personne sur notre continent. Puis, on a voulu passer à tous les quatre ans en nous disant que cela serait compensé par une Ligue des nations. Vous ne pouvez pas échanger contre une promesse », déclare-t-il à RFI. Et d’ajouter : « L’échange, c’est-à-dire le remplacement par une compétition nouvelle, n’était pas effectif. La compétition nouvelle n’avait pas été pensée. Ça veut donc dire que l’objectif était simplement de faire passer à quatre ans, et non pas de faire évoluer les choses. » Une critique qui met en lumière l’improvisation qui a entouré la réforme avortée.
Le sélectionneur du Bénin abonde dans le même sens, mais insiste sur les retombées concrètes. « La CAN, c’est vraiment une fête du football et on ne peut pas priver l’Afrique de cette fête en la jouant que tous les quatre ans. Nous, les acteurs, les gens du terrain, on est tous très contents », explique-t-il. Au-delà de l’aspect sportif, Gernot Rohr souligne l’impact structurel : la perspective d’accueillir une CAN pousse les pays à investir dans les routes, les stades et les infrastructures. Un argument que la CAF met en avant pour justifier le maintien d’un rythme biennal, gage selon elle d’un développement accéléré du football africain et de son économie.



