Le président malien Assimi Goïta a entamé jeudi à Niamey une tournée dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. Cette visite, qui doit le conduire ensuite à Ouagadougou, vise à consolider la coopération entre les trois pays membres de la confédération.
Le général d’armée Assimi Goïta a été accueilli jeudi à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey par son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani. Cette visite officielle marque une nouvelle étape dans le rapprochement des trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Niger et le Burkina Faso, qui cherchent à renforcer leur coordination politique, sécuritaire et économique.
La réception réservée au dirigeant malien a mobilisé les plus hautes autorités nigériennes. Le Premier ministre, les membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le gouvernement et plusieurs responsables civils et militaires étaient présents. Après les honneurs militaires et un entretien en tête-à-tête entre les deux chefs d’État, les deux dirigeants ont rejoint le palais présidentiel sous les acclamations d’une foule nombreuse massée le long du parcours. Des drapeaux du Niger, du Mali et de l’AES ont été brandis, signe de l’adhésion populaire affichée à la dynamique régionale portée par les trois capitales.
Cette tournée s’inscrit dans un contexte de profonde reconfiguration géopolitique au Sahel. Depuis la création de la confédération de l’AES, les trois États affichent leur volonté de coordonner leurs stratégies face aux défis communs, notamment la lutte contre les groupes jihadistes, et de renforcer leur autonomie régionale. Cette dynamique fait suite à leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et à la dégradation de leurs relations avec la France, marquant une rupture avec les cadres de coopération hérités de la période postcoloniale.
Au-delà des déclarations d’intention, les observateurs attendent des actes concrets. La consolidation de l’AES pose la question de la mutualisation effective des moyens militaires, de l’intégration économique et de la reconnaissance diplomatique de la confédération sur la scène internationale. La tournée de Goïta, qui doit se poursuivre à Ouagadougou, pourrait déboucher sur des annonces en matière de sécurité collective et de projets communs. Reste à savoir si ces engagements se traduiront par des résultats tangibles sur le terrain.
Si l’AES séduit une partie des opinions sahéliennes en incarnant une souveraineté retrouvée, elle suscite aussi des interrogations. La coordination entre les trois armées, confrontées à des menaces jihadistes persistantes, demeure perfectible. Sur le plan économique, l’enclavement des trois pays et leur isolement croissant vis-à-vis de certains partenaires occidentaux compliquent la diversification des échanges. La tournée de Goïta illustre la volonté politique d’avancer ensemble, mais elle ne masque pas les fragilités structurelles de l’alliance. Le défi pour les trois capitales sera de transformer cette solidarité affichée en coopération opérationnelle durable.



