Abidjan a franchi un cap décisif ce 11 juin 2026 avec le lancement du Chapter UEMOA, premier programme francophone de formation de haut niveau aux marchés de capitaux destiné à l’ensemble du continent africain. Porté par un consortium incluant la Société financière internationale (IFC), Paris Europlace, l’Université Paris Dauphine PSL et la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), ce dispositif vise à rompre l’isolement technique de la finance ouest africaine francophone face à ses voisins anglophones mieux outillés.
Conçu sous la forme d’un Executive Master étalé sur huit mois, ce programme d’excellence s’adresse aux cadres de la finance régionale et aux régulateurs publics. Il alterne enseignements théoriques, stages pratiques et immersion au sein de la place financière de Paris. Déjà déployé dans une soixantaine de pays, ce modèle a permis de former plus de 300 cadres à travers le monde, dont une trentaine issus de l’espace UEMOA. L’ambition affichée est claire : moderniser les écosystèmes financiers de l’Union, promouvoir une finance durable et inclusive, et faciliter le financement des économies locales.
Jusqu’ici, les initiatives comparables étaient l’apanage des grandes places financières anglophones comme le Nigeria et l’Afrique du Sud. L’Afrique francophone de l’Ouest restait en retrait, pénalisée par une offre de formation spécialisée insuffisante et une intégration limitée aux réseaux mondiaux d’influence financière. Le lancement de ce Chapter marque donc une rupture. Il atteste que la région a atteint une maturité technique et politique qu’elle n’osait revendiquer il y a encore cinq ans. La BRVM, en parrainant ce projet, sort de son rôle traditionnel de gestionnaire pour devenir un véritable levier de professionnalisation.
À court terme, le Chapter UEMOA devrait accélérer la montée en compétences des acteurs locaux et fluidifier les échanges entre décideurs publics et privés. Le directeur général de la BRVM, Edoh Kossi Amenounve, a fixé trois leviers d’action aux alumni : rencontres périodiques, recherche scientifique et mentorat. À moyen terme, l’objectif est de transformer l’architecture financière régionale en créant un cadre formel de réflexion et de lobbying technique. Le pari est que ces diplômés deviennent des moteurs de changement capables d’influencer les politiques d’épargne et d’investissement au sein de l’UEMOA.
Les partenaires internationaux ne cachent pas leur pragmatisme. Karim Zine Eddine, directeur des études de Paris Europlace, insiste : il ne s’agit pas seulement de former, mais de constituer un réseau mondial d’experts financiers connectés. Josiane Kwenda, country manager d’IFC, salue quant à elle l’engagement des alumni, qui ont mis leur connaissance fine des marchés locaux au service de ce lancement. Cette alliance entre compétences techniques venues du Nord et ancrage territorial ouest africain est la clé de voûte du projet.
Le Bureau des Alumni, présidé par Hamed N’Gouassé Konaté, a immédiatement emboîté le pas. Le réseau entend se positionner comme un interlocuteur crédible et incontournable auprès des institutions régionales. Ses priorités sont déjà définies : approfondissement des marchés obligataires, déploiement de la finance durable et accélération de la finance digitale. Les diplômés se fixent pour mission de devenir des ambassadeurs de cette formation d’excellence, tout en apportant une contribution scientifique et stratégique concrète. Reste à savoir si ce bel enthousiasme résistera aux pesanteurs bureaucratiques et aux rivalismes propres à la sous région.



