Le 2 avril dernier, Donald Trump a annoncé une hausse significative des droits de douane sur les importations en provenance de 185 pays, dont 51 en Afrique. Cette décision pourrait atteindre jusqu’à 50 % pour certains produits. Officiellement, l’objectif est de protéger les industries américaines d’une concurrence jugée déloyale en raison d’une “non-réciprocité” tarifaire. Cependant, ce protectionnisme résonne comme un avertissement pour les économies mondiales, y compris africaines, confrontées à un choix crucial : s’adapter ou accélérer l’intégration économique du continent.
Les nouvelles mesures risquent de perturber gravement les économies africaines. Plusieurs pays du continent, tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria, ou encore l’Égypte, dépendent de leurs exportations de matières premières, comme les minéraux et le pétrole, vers les États-Unis. Ces secteurs sont désormais sous pression, car Washington cherche à renforcer sa production nationale. Au Nigeria, par exemple, l’ambitieux projet de raffinerie d’Aliko Dangote, qui comptait sur le marché américain pour exporter son kérosène, pourrait être sérieusement compromis. Mais au-delà des matières premières, des industries naissantes, comme le textile, seront également affectées, notamment des pays comme le Bénin, le Kenya et le Maroc, qui exportent des produits manufacturés vers les États-Unis.
Ce nouvel obstacle commercial intervient dans un contexte déjà tendu pour les économies africaines. Le commerce intra-africain reste faible, représentant moins de 20 % des échanges totaux du continent. Les tentatives d’intégration économique à travers des initiatives régionales, comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ont montré des résultats limités. Cependant, avec la ZLECAf, l’Afrique dispose d’une opportunité unique de renforcer son autonomie économique en réduisant sa dépendance vis-à -vis des marchés extérieurs, dont les États-Unis font désormais partie.
Face à ces pressions extérieures, l’Afrique doit se réorienter. Deux options se présentent : soit les pays africains choisissent de baisser leurs droits de douane pour maintenir leur accès au marché américain, ce qui affaiblirait encore davantage leurs industries locales, soit ils se tournent vers de nouveaux partenaires commerciaux au sein même du continent. La diversification des échanges intra-africains apparaît comme la solution la plus durable. En renforçant les liens économiques entre les nations africaines, le continent pourrait créer des chaînes de valeur solides et réduire sa vulnérabilité face aux chocs externes.
Le protectionnisme américain pourrait être une occasion pour l’Afrique de revoir sa stratégie économique à long terme. Avec 1,4 milliard d’habitants et d’énormes ressources naturelles, le continent a le potentiel pour se reconstruire sur des bases plus solides et indépendantes. Les initiatives pour l’intégration régionale, bien qu’encourageantes, doivent être accélérées pour créer des synergies économiques et soutenir l’industrialisation sur le continent. L’Afrique doit saisir cette opportunité pour renforcer ses capacités de production et sa résilience face aux incertitudes du commerce mondial.
Le message est clair : l’Afrique doit accélérer son processus d’intégration économique. Bien que le protectionnisme américain soit une menace immédiate, il pourrait également se transformer en un moteur de changement pour le continent. Si l’Afrique réussit à développer ses marchés internes, elle sera mieux préparée pour affronter les défis à venir, tout en tirant parti de ses ressources pour construire un avenir économique plus durable et prospère.