Donald Trump projette de créer une organisation internationale concurrente des Nations unies, un « Conseil de paix » sur lequel il exercerait un contrôle personnel sans précédent. Selon une charte fondatrice de huit pages obtenue par l’AFP, l’ancien président américain se positionnerait comme dirigeant à vie de cette structure, dont l’adhésion pourrait être achetée pour la somme d’un milliard de dollars.
Le document, envoyé à plusieurs États invités, décrit une organisation visant à promouvoir la stabilité et une « paix durable » dans les régions en conflit. Cependant, son fonctionnement consacrerait l’hégémonie de son fondateur. Donald Trump, désigné « premier président » du Conseil, détiendrait seul le pouvoir d’inviter ou de révoquer les membres, contrôlerait l’agenda et posséderait un droit de veto sur toutes les décisions. La charte prévoit que son mandat est sans limite de durée et qu’il peut lui-même désigner son successeur.
Cette initiative s’inscrit dans la lignée des critiques récurrentes de Donald Trump à l’encontre du multilatéralisme traditionnel, qu’il juge coûteux et inefficace. Durant sa présidence, il avait déjà retiré les États-Unis de plusieurs instances internationales, de l’Accord de Paris sur le climat à l’UNESCO, en passant par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le projet de « Conseil de paix » représente une étape supplémentaire : il ne s’agit plus de quitter le système, mais de lui opposer une structure alternative, conçue pour court-circuiter l’ordre établi et concentrer le pouvoir entre ses mains.
Les perspectives d’adhésion des États constitueront le premier test de crédibilité de ce projet. La condition financière exorbitante – un paiement unique d’un milliard de dollars pour obtenir un siège permanent – pourrait servir de filtre, limitant la participation aux pays les plus riches ou les plus désireux d’acheter une influence particulière. Si l’initiative venait à se concrétiser, elle risquerait de fragmenter davantage la gouvernance mondiale, créant un système à deux vitesses où les conflits pourraient être arbitrés en dehors des cadres légitimes de l’ONU, selon la volonté d’un seul homme.
Les réactions des capitales sollicitées oscillent entre prudence et scepticisme. La France a rappelé son « attachement à la Charte des Nations unies », pilier d’un multilatéralisme fondé sur le droit international. L’Allemagne a évoqué la nécessité d’une coordination avec ses partenaires, tandis que la Russie a demandé des « clarifications ». Ces positions reflètent les doutes sur la viabilité et la légitimité d’une organisation aussi personnalisée, perçue par beaucoup comme un instrument au service des ambitions politiques de son créateur plutôt que comme un forum neutre.
Au-delà des questions de principe, le projet soulève des interrogations opérationnelles majeures. La charte prévoit une entrée en vigueur après la seule signature de trois États, un seuil délibérément bas qui pourrait permettre un lancement rapide sans consensus international. Cette précipitation, couplée à l’absence de garde-fous institutionnels, laisse présager une organisation opaque et soumise aux aléas de la politique intérieure américaine. Dans un contexte géopolitique déjà fracturé, l’initiative de Donald Trump apparaît moins comme une solution pour la paix que comme un facteur potentiel de nouvelles divisions.



