Le deuxième producteur africain de diamants bruts négocie fermement l’acquisition d’une participation comprise entre 20 % et 30 % dans De Beers, la filiale diamantaire qu’Anglo American s’apprête à céder. Lundi à Lisbonne, le ministre des Ressources pétrolières et minérales, Diamantino Azevedo, a été clair : il ne s’agit pas d’un simple placement financier, mais d’une prise de participation qui donnerait à Luanda un siège au conseil d’administration et une voix dans les orientations stratégiques du géant mondial. Une ambition qui, si elle aboutit, permettrait à l’Angola de siéger aux côtés du Botswana, actionnaire historique à 15 % de De Beers depuis des décennies.
L’objectif affiché par Luanda est de peser sur les décisions exécutives concernant les relations avec les pays producteurs. Azevedo a insisté sur la nécessité d’être « à la table » pour participer aux délibérations majeures, et non de subir des orientations décidées ailleurs. En clair, l’Angola ne se contenterait pas d’un strapontin : il entend orienter les politiques d’approvisionnement et de commercialisation de De Beers, en particulier dans un contexte de volatilité des cours. Une fois combinée à la part botswanaise, la présence angolaise formerait un bloc africain de 35 % à 45 %, certes sans majorité légale, mais doté d’un poids politique et industriel considérable.
La manœuvre angolaise intervient alors que De Beers traverse une zone de turbulences. La chute des ventes mondiales a contraint le groupe à suspendre pour deux ans l’exploitation de sa mine sud-africaine de Venetia, la plus grande du pays, qui emploie plus de 3 500 personnes. Les investissements y seront réduits, alors que le site représente 40 % de la production annuelle sud-africaine et 10 % du volume mondial de l’entreprise. Parallèlement, Anglo American, maison mère de De Beers, poursuit sa restructuration stratégique pour se recentrer sur le cuivre, et cherche activement un repreneur pour sa filiale diamantaire.
L’Angola, qui a produit 14 millions de carats en 2024 – un record historique –, ambitionne d’atteindre 17 millions de carats d’ici 2027 via la compagnie publique Endiama, ce qui conforterait son rang de troisième producteur mondial derrière la Russie et le Botswana. Mais l’acquisition d’une participation dans De Beers n’est pas une fin en soi : elle doit servir de levier pour sécuriser les débouchés commerciaux et stabiliser les recettes, dans un secteur où les prix sont erratiques. Comme l’a souligné le directeur national des ressources minérales, Paulo Tanganha, « prendre une majorité dans les matières premières de luxe est très risqué, car cela dépend du marché ». D’où la fourchette de 20 % à 30 %, jugée soutenable pour l’économie nationale.
Le Botswana, qui détient ses 15 % depuis les origines de De Beers, constitue à la fois un modèle et un concurrent pour Luanda. Gaborone a su transformer cette participation en influence réelle sur les décisions de production et de commercialisation, tout en développant sa propre industrie locale de taille et de polissage. L’Angola, plus tardif sur la scène diamantaire, cherche aujourd’hui à rattraper son retard et à s’imposer comme un partenaire incontournable. Mais cette ambition pourrait raviver les tensions au sein de l’Afrique australe, où chaque pays producteur guette les moindres évolutions du partage de la valeur ajoutée.
Rien ne garantit que De Beers ou son futur acquéreur acceptent d’ouvrir leur capital à un État producteur supplémentaire, surtout à hauteur de 30 %. Les discussions, évoquées dès octobre dernier et réitérées en début d’année lors de la révision de la filière angolaise, butent sur des questions de valorisation et de gouvernance. Par ailleurs, la suspension des opérations à Venetia et la réduction des dépenses d’investissement traduisent une conjoncture défavorable, qui pourrait peser sur les prétentions angolaises. Luanda devra convaincre qu’un actionnariat public africain renforcé est un gage de stabilité, et non une contrainte politique pour un groupe en quête de repreneur.



