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Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwé
Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwé

Le Parlement zimbabwéen valide la prolongation du mandat de Mnangagwa jusqu’en 2030

Patrick Babingwa 01 Jul 2026 Zimbabwe 53 Lectures

Le Parlement zimbabwéen a définitivement adopté, mardi, une révision constitutionnelle majeure qui prolonge de deux ans le mandat du président Emmerson Mnangagwa et supprime l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Le texte, adopté par 226 voix contre 41 à l’Assemblée nationale après un vote favorable du Sénat, n’attend plus que la promulgation du chef de l’État pour entrer en vigueur. Ce vote marque l’achèvement du processus législatif du projet de révision constitutionnelle n° 3 (CAB3), que l’opposition et une partie de la société civile qualifient déjà de « coup d’État constitutionnel ».

Ces amendements ne se limitent pas à un simple ajustement technique. Ils allongent la durée des mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans, ce qui repousse l’échéance de 2028 à 2030 pour le second mandat de Mnangagwa, officiellement son dernier. Surtout, ils substituent à l’élection au suffrage universel direct un système où le président serait désigné par le Parlement, revenant sur une réforme démocratique acquise en 1987, à l’époque de Robert Mugabe. Ce changement de fond modifie la nature même du régime, en faisant du chef de l’État un élu indirect, déconnecté du verdict populaire.

Ce bouleversement institutionnel s’inscrit dans une logique de verrouillage du pouvoir par la ZANU-PF, le parti au pouvoir depuis l’indépendance. Depuis le départ forcé de Mugabe en 2017, Mnangagwa a consolidé son emprise sur l’appareil d’État, les forces de sécurité et les médias. Ce nouvel amendement s’ajoute à une série de réformes restrictives, comme la loi sur l’ordre public ou le contrôle des ONG, qui ont progressivement réduit l’espace démocratique. Pour les experts juridiques, cette révision heurte de plein fouet l’article 328 de la Constitution, qui interdit à un président en exercice de bénéficier d’un allongement de la durée de son mandat. Mais la Cour constitutionnelle, largement inféodée, n’a pas été saisie, et le Parlement, dominé par la ZANU-PF, a joué son rôle de chambre d’enregistrement.

Le régime de Mnangagwa, en se libérant de la contrainte électorale directe, s’affranchit de toute pression populaire pour la prochaine décennie. À moins d’une mobilisation de rue massive ou d’une intervention inédite des bailleurs de fonds internationaux, qui ont déjà suspendu une partie de leur aide après les élections contestées de 2023, le scénario d’une transition par les urnes s’éloigne. L’Union africaine et la SADC, jusqu’ici discrètes, pourraient être amenées à réagir, mais leurs condamnations, souvent timides, n’ont jamais infléchi la trajectoire autoritaire de Harare.

L’opposition, qui n’a recueilli que 41 voix contre ce texte, dénonce une violation de la souveraineté populaire et réclame un référendum national. Elle estime que ces amendements, qui touchent à la nature du régime, ne peuvent être adoptés sans consultation directe des citoyens. Ses appels sont toutefois restés sans écho dans un Parlement où la ZANU-PF dispose d’une majorité des deux tiers, lui permettant de modifier la Constitution à sa guise. Les observateurs notent que ce déni de démocratie formelle risque d’alimenter un sentiment de révolte dans une population déjà exsangue par l’hyperinflation et le chômage de masse.

Sur le plan régional, ce précédent est dangereux. En modifiant les règles du jeu en cours de route, le Zimbabwe envoie un signal inquiétant à ses voisins, alors que plusieurs pays d’Afrique australe, comme la Zambie ou le Malawi, sont eux aussi confrontés à des tentatives de révision des limites de mandat. Mais Harare assume pleinement ce virage : pour les caciques de la ZANU-PF, il s’agit d’assurer la stabilité du parti et d’éviter des primaires coûteuses, au prix d’une rupture définitive avec l’idéal démocratique de 1980. Dans les salons de la capitale, certains proches du pouvoir évoquent même une extension future, sans limitation, au motif que « la démocratie occidentale ne convient pas au génie zimbabwéen ».

Pour l’heure, le chef de l’État, qui a promulgué l’ancien projet de révision en 2021, ne devrait pas faire obstacle à ce texte qu’il a lui-même commandité. Le « Crocodile », surnom de Mnangagwa, ajoute une nouvelle couche à son héritage controversé : celui d’un homme qui, après avoir contribué à la chute de Mugabe, achève de démanteler les derniers vestiges du pluralisme. Le peuple zimbabwéen, lui, voit ses espoirs d’alternance s’évanouir pour plusieurs années, dans un climat de répression accrue et d’indifférence internationale.

Emmerson Mnangagwa zimbabwé 2026-07-01
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