Les États-Unis ne traiteront désormais les demandes de visas qu’à travers vingt centres régionaux en Afrique, contre une trentaine d’ambassades et consulats auparavant habilités. Une réorganisation radicale qui va contraindre des milliers de demandeurs à se déplacer hors de leur pays pour un entretien consulaire, avec un risque réel d’allongement des délais et de renforcement des inégalités d’accès.
Selon le Département d’État américain, les trente missions actuellement impliquées dans le traitement des visas sur le continent vont progressivement cesser cette activité. Place à un système centralisé reposant sur des plateformes régionales, de Praia à Port‑Louis. Les vingt centres retenus sont situés à Abidjan, Accra, Addis‑Abeba, Le Cap, Dakar, Dar es Salaam, Djibouti, Johannesburg, Kampala, Kigali, Kinshasa, Lagos, Lomé, Luanda, Malabo, Monrovia, Nairobi, Port‑Louis, Praia et Yaoundé. L’Afrique du Sud est le seul pays à accueillir deux centres, au Cap et à Johannesburg. En revanche, Abuja, dont les services visa ont été suspendus fin mai, disparaît de la carte, Lagos devenant l’unique point d’entrée pour tout le Nigeria.
Cette réduction drastique n’est pas un simple ajustement logistique. Elle s’inscrit dans une série de mesures adoptées sous l’administration du président Donald Trump, visant à restreindre les voies d’immigration légale vers les États‑Unis. Rappelons les interdictions de voyage ciblant plusieurs pays africains et asiatiques, ou encore les plafonds revus à la baisse pour certains visas d’immigrant. Derrière le discours officiel de « concentration des ressources » et d’amélioration de l’efficacité pour les investisseurs et étudiants, se profile une approche politique : réduire le nombre d’Africains pouvant concrètement franchir les portes des consulats américains.
À court terme, les ressortissants de pays sans centre régional – Botswana, Zambie, Mozambique, Zimbabwe, entre autres – devront voyager à l’étranger pour leur entretien en personne, étape obligatoire pour la plupart des visas non‑immigratifs. Cela signifie frais de transport, d’hébergement et congés supplémentaires, sans garantie d’obtention du visa. À moyen terme, ce système de plateformes régionales pourrait profondément modifier l’accès des Africains aux États‑Unis : moins de rendez‑vous disponibles, des délais d’attente qui pourraient passer de quelques semaines à plusieurs mois, et une sélection de facto par la capacité à se déplacer.
Des analystes et anciens diplomates dénoncent une mesure qui pénalise d’abord les demandeurs les plus vulnérables : étudiants boursiers, petits commerçants, familles réunies. Pour eux, l’argument de l’efficacité ne tient pas face à la réalité des distances africaines. À Lagos, par exemple, un demandeur vivant à Maiduguri devra parcourir plus de 1 200 kilomètres, dans une région où la sécurité est déjà fragile. Les ONG de défense des droits rappellent que l’accès à un consulat pour un entretien de visa relève de l’accès à une procédure administrative juste, et que sa restriction géographique constitue un obstacle disproportionné.
Washington mise sur les étudiants et investisseurs pour justifier la réforme, mais le résultat pourrait être inverse. Des universités américaines, déjà en concurrence avec le Canada et l’Europe pour attirer les élites africaines, risquent de voir chuter le nombre de candidatures sud‑africaines, nigérianes ou éthiopiennes, faute de créneaux disponibles. Sur le plan diplomatique, cette décision envoie un signal mal venu à un continent où la Chine et la Russie multiplient les facilités de visa et les accords de mobilité. L’Afrique n’est plus une simple périphérie ; elle est un champ de rivalité d’influence. Réduire sa présence consulaire, c’est aussi réduire son influence.
Liste des 20 centres de traitement des visas américains en Afrique (par ordre alphabétique) :
- Ordre alphabétique par pays :
- Afrique du Sud – Le Cap
- Afrique du Sud – Johannesburg
- Angola – Luanda
- Cameroun – Yaoundé
- Cap Vert – Praia
- Côte d’Ivoire – Abidjan
- Djibouti – Djibouti
- Éthiopie – Addis Abeba
- Ghana – Accra
- Guinée équatoriale – Malabo
- Kenya – Nairobi
- Liberia – Monrovia
- Maurice – Port Louis
- Nigeria – Lagos
- Ouganda – Kampala
- RDC – Kinshasa
- Rwanda – Kigali
- Sénégal – Dakar
- Tanzanie – Dar es Salaam
- Togo – Lomé




