L’ancien président sénégalais Macky Sall a officiellement présenté, jeudi à New York, sa vision d’une Organisation des Nations Unies « réformée et plus efficace » lors de l’audition publique réservée aux candidats à la succession d’António Guterres. Cette prise de parole, organisée au siège de l’institution, marque une étape clé dans sa campagne, désormais adossée au soutien explicite de Dakar. En misant sur la transparence du processus, il entend convaincre les États membres de sa capacité à incarner un renouveau diplomatique face aux crises mondiales.
Devant les représentants des États membres et de la société civile, Macky Sall a détaillé son ambition pour une ONU recentrée sur ses missions fondamentales : la paix et la sécurité, les droits humains et le développement. Il a insisté sur la nécessité d’une meilleure réactivité de l’organisation, souvent critiquée pour son inertie face aux conflits et aux urgences climatiques. Fort de son expérience à la tête du Sénégal et de ses interactions sur la scène africaine et internationale, il a plaidé pour une gouvernance plus inclusive, où le Sud global aurait davantage de poids dans les prises de décision.
Cette candidature s’inscrit dans un processus de succession régi par la résolution 79/327 de l’Assemblée générale, adoptée en septembre 2025, qui renforce les exigences de transparence et d’inclusivité. Après les auditions publiques et les dialogues interactifs, le Conseil de sécurité examinera les six dossiers en lice avant de recommander un nom à l’Assemblée générale pour une désignation finale d’ici fin 2026. La candidature de Macky Sall, déposée par le Burundi le 2 mars 2026, a reçu le plein appui du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye le 17 juillet, qui a mobilisé l’appareil diplomatique national pour promouvoir cette ambition.
L’issue de cette compétition dépendra en grande partie des équilibres géopolitiques au sein du Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents conservent un droit de veto déterminant. Si Macky Sall parvient à capitaliser sur le soutien africain et à élargir sa base auprès des puissances émergentes, il pourrait incarner une rupture symbolique en devenant le premier secrétaire général issu d’Afrique de l’Ouest depuis Boutros Boutros-Ghali. Toutefois, son parcours et ses prises de position sur des dossiers sensibles, comme la réforme du Conseil ou la gouvernance économique mondiale, seront scrutés de près par les chancelleries occidentales et les pays du Sud.
Au-delà du fond, c’est aussi la méthode de Macky Sall qui interpelle. Sa campagne, menée tambour battant depuis plusieurs mois, l’a conduit à Banjul, Pékin, Athènes et New York, où il a multiplié les consultations bilatérales avec des dirigeants et des représentants permanents. Ce rythme soutenu traduit une stratégie rodée, héritée de ses années de pratique diplomatique, mais soulève également des questions sur sa capacité à concilier les attentes contradictoires des différents blocs régionaux.
Reste que la légitimité de tout futur secrétaire général repose sur un équilibre délicat entre compétence technique, expérience politique et représentativité géographique. En mettant en avant son bilan national et sa connaissance des réalités africaines, Macky Sall cherche à se poser en pont entre les mondes développés et émergents. Pourtant, son passage à la tête de l’Union africaine et ses prises de parole sur la réforme du système multilatéral seront examinés à l’aune des résultats concrets obtenus, et non des seules déclarations d’intention. Les prochaines semaines seront décisives pour mesurer la solidité de son entreprise de séduction diplomatique.



