Réunis à New Delhi pour leur 18e sommet, les dirigeants des BRICS ont exigé une refonte en profondeur des Nations unies et des institutions de Bretton Woods. Dans une déclaration commune, le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud réclament une représentation géographique équitable au sein des secrétariats onusiens et des postes de direction, dénonçant une gouvernance mondiale figée dans un ordre dépassé.
Le texte issu du sommet ne se limite pas à des principes généraux. Il cible explicitement l’article 101 de la Charte des Nations unies, qui impose un recrutement fondé sur une répartition géographique aussi large que possible. Les BRICS pointent une sous-représentation persistante des pays en développement, y compris aux échelons décisionnels. Ils rappellent qu’aucune femme n’a jamais occupé le poste de secrétaire générale de l’ONU et que, depuis plus de 80 ans, un seul ressortissant d’Amérique latine et des Caraïbes, deux Africains et deux Asiatiques ont accédé à cette fonction. Cette concentration des postes clés entre les mains d’un petit nombre d’États, selon eux, mine la légitimité du système multilatéral.
Cette offensive s’inscrit dans une dynamique de fond. Depuis la création des BRICS en 2006, le bloc n’a cessé de réclamer une refonte de la gouvernance mondiale héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale. Les pays du Sud global, qui représentent la majorité de la population mondiale et une part croissante du PIB global, restent marginalisés dans les instances décisionnelles du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. La guerre en Ukraine et les sanctions occidentales contre la Russie ont accentué cette fracture, poussant Pékin, Moscou et leurs partenaires à accélérer leur quête d’un ordre multipolaire.
À court terme, cette déclaration risque de rester lettre morte. Les réformes du Conseil de sécurité ou des quotes-parts du FMI exigent l’accord des puissances occidentales, qui détiennent de facto un droit de veto. Mais à moyen terme, la pression pourrait s’intensifier. L’élargissement des BRICS à de nouveaux membres, déjà engagé, pourrait transformer le bloc en une plateforme de contestation plus large. Si les pays du Sud global parviennent à coordonner leurs positions, ils pourraient bloquer certaines nominations ou conditionner leur coopération financière à des avancées concrètes sur la représentation.
Derrière les déclarations de principe, des intérêts divergents persistent. L’Inde et le Brésil, qui briguent tous deux un siège permanent au Conseil de sécurité, ne partagent pas nécessairement la même vision que la Chine ou la Russie. Pékin, de son côté, utilise cette tribune pour contester l’hégémonie américaine sans pour autant accepter une remise en cause de son propre poids au sein des institutions. Quant à l’Afrique du Sud, elle porte la voix d’un continent qui réclame depuis des décennies un siège permanent et une réforme des quotes-parts. Ces tensions internes expliquent pourquoi les BRICS avancent souvent à pas comptés sur les questions institutionnelles.
La portée réelle de cette déclaration dépendra de la capacité des BRICS à transformer leur poids démographique et économique en levier politique. Pour l’instant, le bloc reste une coalition de circonstance, sans structure permanente ni mécanisme de décision contraignant. Mais il incarne une réalité que les Occidentaux ne peuvent plus ignorer : la gouvernance mondiale de 1945 ne correspond plus à la distribution actuelle du pouvoir. Ignorer cette demande de représentation équitable, c’est prendre le risque de voir les institutions multilatérales perdre toute autorité morale et fonctionnelle.



