Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, a reçu à Dakar le président du Comité exécutif de l’Union parlementaire africaine (UPA), Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. En marge de la 85ᵉ session du Comité exécutif de l’UPA, les deux hommes ont convenu d’un constat sans appel : l’organisation parlementaire continentale est trop faible face aux défis actuels. Sonko a plaidé pour une refonte en profondeur de ses mécanismes, afin qu’elle cesse d’être une instance consultative sans prise réelle.
L’audience a porté sur le fonctionnement interne de l’UPA, ses missions et les blocages qui l’empêchent d’influencer durablement la gouvernance africaine. Sonko a insisté sur un point précis : moderniser les outils de travail de l’institution pour la rendre plus réactive et mieux articulée avec l’Union africaine (UA). Selon son service de communication, il ne s’agit pas d’une simple réorganisation administrative, mais d’un changement de logiciel politique. L’UPA doit passer d’une logique de recommandations souvent ignorées à un rôle d’accompagnement des processus de décision continentaux.
L’UPA a été créée pour favoriser la coopération entre les parlements nationaux africains. Dans les faits, elle souffre d’un manque chronique de moyens, de visibilité et de volonté politique des États membres. Pendant ce temps, l’UA peine à faire appliquer ses propres décisions, et les parlements nationaux restent trop souvent en retrait des grandes orientations continentales. Cette rencontre intervient alors que plusieurs voix critiques dénoncent l’écart entre les discours sur l’intégration africaine et la réalité d’institutions supranationales encore largement décoratives.
Les propositions de Sonko pourraient alimenter les réflexions sur l’avenir de l’UPA, notamment dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’UA. Une meilleure synergie entre les travaux parlementaires et les orientations stratégiques de l’Union africaine est techniquement possible, mais politiquement exigeante. Elle suppose que les États membres acceptent de transférer une partie de leur souveraineté parlementaire à une instance continentale. À ce stade, rien n’indique que les capitales africaines soient prêtes à ce saut. L’initiative sénégalaise a le mérite de poser la question, pas d’y répondre.
L’une des idées fortes défendues par Sonko est celle d’une harmonisation entre les recommandations de l’UPA et les décisions de l’UA. « Une harmonisation plus poussée permettrait de donner davantage de portée aux initiatives adoptées au niveau continental », a‑t‑il souligné. Derrière cette formule technique se cache un enjeu politique majeur : faire en sorte que les parlementaires africains ne soient plus de simples spectateurs des sommets de chefs d’État. Encore faudrait‑il que l’UPA dispose d’un pouvoir de contrôle et de sanction, ce qui est loin d’être acquis.
Cette rencontre dakaroise s’inscrit dans un calendrier chargé pour l’UPA, qui tente de redéfinir sa raison d’être après des années d’effacement. Le fait que ce soit Ousmane Sonko, figure controversée mais centrale du Sénégal post‑alternance, qui porte ce plaidoyer n’est pas anodin. Il sait que la crédibilité de son propre mandat à la tête de l’Assemblée nationale dépend aussi de sa capacité à peser sur les dossiers continentaux. Reste à voir si Lukonde, ancien Premier ministre congolais rodé aux arcanes du pouvoir, parviendra à transformer ces ambitions en feuille de route concrète. L’UPA a connu trop de déclarations d’intention. Le temps des actes est venu.



