Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a déclaré lundi 6 avril que la lutte contre le terrorisme au Sahel et en Afrique de l’Ouest ne saurait se réduire à une réponse militaire. Dans un message relayé par son homologue malien Abdoulaye Diop, il a insisté sur l’urgence d’intégrer les dimensions socio économiques et institutionnelles pour espérer une paix durable.
Selon M. Dussey, les approches strictement sécuritaires échouent face à des crises dont les racines plongent dans la fragilité des États, l’exclusion sociale et l’absence de perspectives économiques. Il a plaidé pour un modèle combinant stabilité institutionnelle, inclusion sociale et développement partagé. Son message, publié sur les réseaux sociaux et largement commenté, traduit une évolution dans le discours diplomatique ouest africain, longtemps dominé par la logique des opérations antiterroristes et des équipements militaires.
Cette prise de position intervient alors que le Sahel concentre plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde, selon les derniers indices globaux. Fin mars, Robert Dussey avait déjà mis en garde contre les conséquences d’un affaiblissement de la Confédération des États du Sahel, réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Pour Lomé, la sécurité est « indivisible » : une déstabilisation de l’AES menacerait directement l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, y compris les pays côtiers comme le Togo, dont le nord est déjà exposé aux infiltrations jihadistes.
Les prochains mois diront si cette approche globale, défendue par Lomé, pèsera sur les stratégies régionales. Le représentant spécial de l’Union africaine pour le Sahel, Mamadou Tangara, a récemment multiplié les consultations à Abuja, Freetown et Bamako, signe que les médiateurs cherchent à maintenir des canaux de dialogue avec les autorités sahéliennes, malgré la rupture avec la Cédéao. Le Togo pourrait jouer un rôle de pivot diplomatique, mais sa marge de manœuvre dépendra de sa capacité à convaincre des États sahéliens désormais tournés vers une réponse d’abord militaire et souverainiste.
Le Global Terrorism Index 2026 note une amélioration relative : les victimes du terrorisme ont baissé de 45 % au Burkina Faso et de 42 % au Mali en 2025, avec un recul des attaques au Niger. Pourtant, le Sahel reste l’épicentre mondial de la violence jihadiste, portée par le JNIM et l’État islamique au Sahel. Les fragilités structurelles persistent : faible contrôle territorial, instabilités politiques récurrentes, abus des forces armées et absence d’emplois pour les jeunes. Tant que ces causes profondes ne seront pas traitées, aucune opération militaire, aussi massive soit elle, ne pourra éradiquer le terrorisme.
Lomé ne défend pas cette position par simple idéalisme. Le Togo, pays côtier sans accès direct au Sahel, voit ses frontières nord menacées par les groupes armés qui descendent du Burkina Faso. En prônant une réponse globale, Robert Dussey cherche aussi à préserver les équilibres régionaux et à éviter un effondrement en cascade. Son plaidoyer pour l’intégration socio économique n’est pas une concession à l’humanitaire : c’est un calcul géopolitique froid. Sans développement, les zones grises resteront des réservoirs à recrues. Sans inclusion, les cessez le feu ne seront que des pauses. Le Togo le dit haut et fort. Reste à savoir si le Sahel l’entend.



