Le 2 avril 2025, l’Assemblée nationale du Sénégal a adopté la révision de la loi d’amnistie relative aux violences politiques survenues lors des manifestations de l’opposition entre 2021 et 2023. Le texte a été approuvé à une large majorité de 126 voix pour, au terme d’une séance de débats houleux qui a duré plus de huit heures. Cette révision ouvre la voie à des enquêtes sur les violences, notamment les assassinats, tortures et autres traitements inhumains, tout en maintenant l’amnistie pour certains actes moins graves.
La révision de la loi vise à clarifier le statut des violences commises durant les manifestations, permettant l’ouverture d’enquêtes sur les faits les plus graves. L’opposition, représentée par des députés du Pastef, a vivement insisté sur l’importance d’exclure de l’amnistie les crimes de sang et les violations des droits humains. Ayib Daffe, chef du groupe parlementaire du Pastef, a affirmé que cette révision permettrait d’apporter justice aux victimes et d’éviter que de tels actes de violence ne se reproduisent à l’avenir. Il a évoqué un bilan de 85 morts, sans doute incomplet faute d’enquêtes officielles.
Cette révision intervient dans un contexte marqué par de profondes divisions politiques au Sénégal. Les manifestations de l’opposition, notamment celles qui ont éclaté après l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko, ont plongé le pays dans une période de violences, avec des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Les événements ont laissé derrière eux un lourd bilan humain, mais aussi un sentiment d’impunité. Les autorités sénégalaises ont, jusqu’ici, peiné à établir la vérité sur les circonstances des violences, exacerbant les tensions politiques et sociales.
L’adoption de cette révision ne marque pas la fin du débat. Si elle permet la réouverture des enquêtes, de nombreuses questions demeurent sur son application équitable. Les critiques de l’opposition soulignent un risque de justice à deux vitesses, où certains actes de violence, jugés moins graves, pourraient rester amnistiés, tandis que d’autres, plus médiatisés, pourraient faire l’objet de poursuites. Ce débat sur l’équité de la justice pourrait avoir un impact sur la réconciliation nationale et la confiance des citoyens dans le système judiciaire.
Pour certains, comme Aminata, une militante du Pastef présente à l’Assemblée, la priorité est de rendre justice aux victimes, sans distinction entre les auteurs des violences. « Une fois que la justice sera rendue, il sera plus facile de pardonner », a-t-elle déclaré, soulignant l’importance de reconnaître la souffrance des familles des victimes. Dans un témoignage poignant, plusieurs proches de victimes ont exprimé leur désir de voir les responsables traduits en justice, affirmant qu’une véritable réconciliation ne pouvait se faire sans une reconnaissance officielle des souffrances infligées.
Dans l’immédiat, la révision de la loi permet la constitution de dossiers judiciaires pour 65 familles de victimes, dont certaines ont perdu des proches dans les manifestations de 2021 à 2023. Toutefois, le processus judiciaire s’annonce long et complexe, et les résultats des enquêtes restent incertains. Cette révision de la loi pourrait être un premier pas vers la réparation des injustices, mais elle soulève encore de nombreuses interrogations sur son efficacité à apaiser les tensions dans un Sénégal profondément divisé par ces violences politiques.