Le Sénégal a décidé de rebaptiser l’une de ses artères les plus emblématiques, le boulevard général de Gaulle, en boulevard Mamadou Dia, à l’occasion du 65e anniversaire de son indépendance. Cette décision symbolique, prise par le président Bassirou Diomaye Faye, vise à honorer l’une des figures majeures de la lutte pour l’indépendance et de l’histoire politique du pays.
Mamadou Dia, premier chef de gouvernement du Sénégal après l’indépendance, est une figure incontournable du pays. Son rôle dans les premières années de la République, avant son emprisonnement injustifié pendant 12 ans, reste un point clé de la mémoire collective sénégalaise. Pour les Sénégalais, son nom est associé à la naissance de la nation indépendante, et son influence sur la politique nationale reste profonde. L’attention portée à cette décision de réhabilitation est également un geste symbolique qui s’inscrit dans une volonté de reconquête de l’identité nationale.
Le rebaptême du boulevard général de Gaulle en boulevard Mamadou Dia survient dans un contexte de décolonisation de l’espace public au Sénégal. Depuis l’indépendance, certaines rues de Dakar portent encore des noms d’anciennes figures de la colonisation, une situation qui suscite de plus en plus de débats. Une étude de 2019 révèle que 60 % des rues de la capitale sénégalaise sont encore nommées d’après des personnalités coloniales ou des écrivains et médecins français. Dans ce contexte, le choix de Mamadou Dia marque une volonté de rendre hommage à des héros nationaux et de renouer avec l’histoire du pays.
Le rebaptême de cette avenue pourrait être le premier pas d’une série de réformes symboliques destinées à effacer les vestiges du colonialisme dans l’espace public. Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé qu’il envisageait de donner de nouveaux noms aux rues de Dakar en l’honneur de figures locales, sans encore avoir dévoilé de liste définitive. Ce processus s’inscrit dans une dynamique de réappropriation des symboles nationaux, un appel à une plus grande reconnaissance des pères fondateurs de la nation.
Les réactions à cette initiative sont partagées, mais globalement positives. Certains, comme Ndiaga Diouf, soulignent que cette décision est une forme de reconnaissance légitime pour Mamadou Dia, un homme qui a marqué l’histoire du pays dès les premières heures de l’indépendance. De son côté, Pape Dia, un retraité dakarois, va plus loin en appelant à un changement radical de tous les noms de rues, en faveur des figures sénégalaises. Ces voix s’accordent sur le fait que ce type de réhabilitation est essentiel pour rétablir une mémoire collective plus fidèle à l’histoire locale.
Au-delà de la symbolique de ce rebaptême, le Sénégal se trouve à un tournant de sa décolonisation intérieure. Si les actions entreprises par le gouvernement sont saluées, elles rappellent que de nombreux autres domaines nécessitent encore des réformes profondes. Le pays, qui fait face à une dette publique record, devra également relever des défis économiques pour assurer la pérennité de ces avancées culturelles et historiques. Le président Faye a d’ailleurs souligné l’importance d’un redressement économique transparent et inclusif, en appelant toute la nation à y participer.