Le parti Pastef-Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement sénégalais. Ousmane Sonko, son président, l’a annoncé le lundi 3 juin, à quelques heures de la publication officielle de la nouvelle équipe dirigée par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo. Une décision brutale qui fragilise davantage la majorité présidentielle.
Selon le message publié par Sonko sur ses réseaux sociaux, plusieurs échanges ont eu lieu avec le président Bassirou Diomaye Faye. Un long entretien matinal a confirmé des convergences, mais aussi des désaccords profonds. Le point de blocage porte sur la place et le rôle de la majorité parlementaire dans l’exécutif. Sonko affirme que ses propositions, soumises après une réunion du Comité exécutif, sont restées sans réponse favorable. En conséquence, Pastef n’aura aucun ministre dans le prochain gouvernement.
Cette rupture intervient plus d’une semaine après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature. Trois jours après son limogeage par le président Faye, il a été élu à la tête de l’Assemblée nationale, où Pastef contrôle 130 sièges sur 165. Ce transfert vers le législatif était présenté comme une recomposition classique. Il apparaît aujourd’hui comme le prélude à une confrontation ouverte entre les deux têtes de l’ancienne coalition victorieuse.
La nouvelle équipe d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo sera donc formée sans le parti majoritaire à l’Assemblée. Une situation inédite au Sénégal. Le gouvernement risque de voir ses textes bloqués ou systématiquement amendés. Sonko, devenu président de l’Assemblée, dispose désormais d’une arme législative directe contre l’exécutif. La cohabitation annoncée ne sera pas paisible : elle ressemble à une guerre de position avant la prochaine échéance électorale.
Aminata Touré a laissé entendre que la composition du gouvernement pourrait être dévoilée dès ce lundi. Mais sans Pastef, l’équipe risque d’être technocratique ou issue de petites formations d’appoint. Ousmane Sonko, en souhaitant publiquement « plein succès à la nouvelle équipe », évite la rupture frontale tout en posant un ultimatum implicite. La suite, promet-il, sera communiquée ultérieurement. Un avertissement à peine voilé.
En claquant la porte du gouvernement tout en gardant la main sur l’Assemblée, Pastef invente un rapport de force asymétrique. Sonko ne veut pas d’un strapontin ministériel sans garanties sur la gouvernance réelle. Il parie que l’exécutif, fragilisé par l’absence de sa propre majorité parlementaire, viendra négocier à genoux. C’est un calcul risqué. Si Diomaye Faye réussit à gouverner sans Pastef, Sonko sortira affaibli. Si l’exécutif s’enlise, le président de l’Assemblée pourra se poser en recours. Le piège se referme sur l’ancien tandem.



