Le président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, s’est vu décerner le Prix africain pour la paix 2026, mardi 10 février, lors de la cérémonie d’ouverture de la sixième Conférence africaine pour la promotion de la paix à Nouakchott. Cette distinction, annoncée en janvier par un comité basé à Genève, récompense officiellement ses efforts de consolidation de la paix interne et la politique d’accueil des réfugiés soudanais menée par son gouvernement.
Le prix salue spécifiquement deux axes d’action. Sur le plan intérieur, le comité a reconnu la gestion d’une transition politique sensible après la mort d’Idriss Déby Itno en 2021, sans basculement dans la violence généralisée, et la promotion du dialogue comme méthode de résolution des différends. Sur le plan régional, la distinction met en avant la réponse humanitaire du Tchad face à la guerre au Soudan voisin. Le président Déby a ordonné l’ouverture inconditionnelle des frontières et la création de corridors humanitaires dans l’est du pays, permettant l’accueil de centaines de milliers de réfugiés.
Ce choix s’inscrit dans un contexte tchadien et régional complexe. Mahamat Idriss Déby dirige le pays depuis avril 2021, à la tête d’un Conseil militaire de transition, après le décès de son père. Sa légitimité a été contestée, et le pays, l’un des plus pauvres du monde, fait face à une insécurité endémique dans la région du lac Tchad. Parallèlement, la guerre au Soudan, qui a éclaté en avril 2023, a provoqué l’un des plus importants déplacements de population actuels, avec plus d’un million de personnes ayant fui vers le Tchad, mettant sous tension extrême des communautés d’accueil déjà vulnérables.
Les perspectives liées à cette distinction sont doubles. Pour le pouvoir tchadien, ce prix international constitue un outil de légitimation diplomatique à un an de l’élection présidentielle prévue en 2025, permettant de mettre en avant une image de stabilisateur régional. Pour la communauté internationale, il vise à encourager et maintenir l’ouverture humanitaire du Tchad, pays frontalier crucial dont la coopération est vitale pour la gestion de la crise soudanaise et la stabilité du Sahel.
L’analyse des rapports du HCR, cités par le comité du prix, révèle l’ampleur du défi relevé. Environ 40 à 45% des réfugiés soudanais ont été intégrés directement au sein des communautés locales tchadiennes, qui partagent leurs maigres ressources, comme les puits et les écoles, sans contrepartie. Les Nations unies ont qualifié cette solidarité de “modèle rare de générosité africaine”. Cette réalité souligne aussi la pression colossale exercée sur les infrastructures et l’économie locales dans une zone où l’aide internationale reste insuffisante.
La cérémonie de remise a permis aux organisateurs de la Conférence, proches des réseaux religieux et diplomatiques des Emirats arabes unis, de réaffirmer leur philosophie. Cheikh Abdallah Ben Bayyah, secrétaire général du Forum d’Abu Dhabi pour la paix, a insisté sur le fait que ce prix “n’est pas seulement une distinction personnelle, mais la reconnaissance d’une approche nationale” plaçant “l’être humain au cœur de ses priorités”. Le prix s’aligne ainsi avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Ce prix place Mahamat Idriss Déby dans la lignée de précédents lauréats comme les présidents Muhammadu Buhari du Nigeria (2023) ou Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire (2025). Il intervient alors que la Conférence de Nouakchott rassemble des centaines d’acteurs autour des enjeux de paix sur le continent. La distinction, au-delà de l’hommage, sert également de rappel sur les responsabilités qui incombent au Tchad, pays refuge devenu un point d’ancrage fragile mais essentiel dans une région en proie aux conflits.



