Le Tchad a officiellement scellé, jeudi à N’Djamena, son Pacte national de l’eau, un engagement financier et politique sans précédent pour le secteur hydraulique. Ce document stratégique, signé en marge du Forum africain de l’eau, ambitionne de lever 3,8 milliards de dollars sur cinq ans afin de transformer un accès à l’eau encore très précaire dans le pays, et de faire de cette ressource un moteur du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ».
Le pacte, paraphé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, et plusieurs membres du gouvernement, prévoit que l’État tchadien financera 20 % de l’enveloppe, soit environ 760 millions de dollars, tandis que le reste sera recherché auprès des bailleurs de fonds et investisseurs privés. Ces ressources doivent servir à construire des retenues d’eau, étendre les réseaux d’adduction d’eau potable, accroître les surfaces irriguées et renforcer la gestion durable des ressources hydriques. Trois axes structurent le projet : « l’eau pour la population », « l’eau pour l’alimentation » et « l’eau pour la planète », qui répondent respectivement aux urgences sociales, agricoles et environnementales du pays.
Ce pacte n’est pas un coup de tonnerre, mais l’aboutissement d’une prise de conscience tardive. Le Tchad, pays sahélien parmi les plus vulnérables au changement climatique, subit des sécheresses récurrentes et une pression démographique qui épuisent ses nappes phréatiques et ses points d’eau. Avec moins de 60 % d’accès à l’eau potable en zone rurale et des rendements agricoles dépendants d’une pluviométrie aléatoire, le gouvernement de Mahamat Idriss Déby Itno fait de l’hydraulique un pilier de sa légitimité et de sa stratégie de développement. Ce pacte s’inscrit dans la continuité des engagements pris lors des sommets sur le climat, mais aussi dans une logique de souveraineté alimentaire et de stabilité sociale.
La réussite de ce plan repose sur la capacité du Tchad à convaincre ses partenaires traditionnels, comme la Banque mondiale, l’Union européenne ou la BAD, de contribuer au solde de 3 milliards de dollars. Les annonces faites par le Gabon, qui a déclaré vouloir élaborer un pacte similaire, montrent que le modèle tchadien pourrait faire école, à condition que les premiers décaissements se traduisent par des réalisations tangibles sur le terrain. À horizon 2030, l’enjeu est double : éviter que ces infrastructures ne deviennent des « éléphants blancs » mal entretenus, et transformer cette manne en emplois et en résilience face aux chocs climatiques.
Le Forum africain de l’eau, qui s’est tenu les 15 et 16 juillet sous le thème « De la vision à l’action », a offert une vitrine au président Déby, lequel a personnellement plaidé pour un accompagnement international massif. Plusieurs chefs d’État et experts ont salué l’approche intégrée du Tchad, mais certains ont aussi rappelé que la gouvernance du secteur restait un défi majeur, entre la multiplicité des acteurs et la faiblesse des mécanismes de redevabilité. La signature du pacte intervient dans un contexte de rigueur budgétaire pour N’Djamena, ce qui rend d’autant plus crucial le respect des engagements des partenaires.
Au-delà du montant affiché, la véritable mesure du succès sera l’efficacité de la dépense. Les autorités tchadiennes devront démontrer leur capacité à absorber ces fonds, à mener les études de faisabilité et à impliquer les communautés locales dans la gestion des ouvrages. Les projets d’irrigation, en particulier, conditionnent la réduction de la dépendance céréalière du pays, tandis que la construction de retenues d’eau est essentielle pour faire face aux épisodes de sécheresse extrême. Le pacte reconnaît implicitement que l’eau est devenue un enjeu de sécurité nationale, au même titre que la défense ou l’énergie.



