L’ancien président de la Transition du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été arrêté à Lomé et expulsé vers une destination inconnue. Cette opération, intervenue les 16 et 17 janvier 2026, fait suite à une demande d’extradition des autorités burkinabè, qui l’accusent d’être impliqué dans une tentative de coup d’État manquée début janvier.
Selon des sources proches du dossier, Damiba a été conduit de sa villa dans le quartier résidentiel et ultra-surveillé de « Lomé 2 » devant la Cour d’appel de Lomé vendredi. Un juge a alors statué en faveur de la requête d’Ouagadougou. Immédiatement après le verdict, l’ex-chef d’État a été transféré sous escorte militaire vers l’aéroport, avec quelques effets personnels. Ni les autorités togolaises ni les burkinabè n’ont officialisé cette procédure ou révélé sa destination finale, bien que tout indique un retour forcé au Burkina Faso.
Paul-Henri Damiba, arrivé au pouvoir par un putsch en janvier 2022, avait lui-même été renversé par le capitaine Ibrahim Traoré en septembre de la même année. Il avait alors trouvé refuge au Togo, pays voisin dirigé par la dynastie Gnassingbé, historiquement prudent dans les crises régionales. Depuis son exil, Damiba a été régulièrement désigné comme une menace par la junte de Traoré, qui l’accuse de fomenter des complots pour reprendre le pouvoir. Cette extradition intervient dans un contexte de purge au sein de l’armée burkinabè et d’intensification de la répression contre toute forme d’opposition, réelle ou supposée.
Cette expulsion marque un précédent significatif dans la gestion des exilés politiques entre régimes militaires de la sous-région. Elle pourrait signaler un rapprochement tactique entre Lomé et Ouagadougou, ou simplement refléter la pression exercée par la junte burkinabè, devenue un acteur incontournable et imprévisible au Sahel. À court terme, le retour de Damiba au Burkina Faso, s’il est confirmé, ouvre la voie à un procès à haut risque, susceptible de déstabiliser davantage une armée déjà fracturée. Cette affaire renforce aussi le climat de suspicion permanente qui entoure le pouvoir du capitaine Traoré.
L’opération démontre l’isolement croissant de Damiba. Résidant dans le complexe des « Six villas », une zone sécurisée de Lomé, il n’était « pas tout à fait libre de ses faits et gestes », selon nos informations, et vivait sous une surveillance étroite. Son extradition rapide, sans communication officielle, suggère une transaction discrète entre États, où des considérations de sécurité régionale et de realpolitik ont primé sur les conventions d’asile informelles.
Pour le régime Traoré, l’arrestation de Damiba sert un double objectif. Sur le plan intérieur, elle permet de présenter la répression du prétendu complot du 3 janvier comme un succès et d’éliminer un rival symbolique. Sur la scène internationale, elle envoie un message de fermeté à d’autres exilés potentiellement dissidents. Cependant, cette radicalisation du pouvoir militaire burkinabè risque d’éloigner encore un peu plus le pays d’une transition démocratique, tandis que la crise sécuritaire face aux groupes jihadistes reste entière. L’épisode confirme que la lutte pour le pouvoir à Ouagadougou se joue désormais sans garde-fou.



