Sebastian Perez Pezzani, l’un des deux réalisateurs français arrêtés le 27 juillet dernier dans le nord du Togo, a été libéré sous contrôle judiciaire. Son état de santé, jugé préoccupant, a motivé cette décision, alors qu’il réclame une opération chirurgicale en France. Son collègue Gaël Mocaër et leur collaborateur togolais Fred Vedomey restent quant à eux toujours poursuivis dans cette affaire qui mêle tournage documentaire et accusations de « fausses déclarations ».
Les faits remontent à la fin du mois de juillet, lorsque l’équipe de l’émission « Les routes de l’impossible », diffusée sur France Télévisions, a été interpellée dans une zone sensible du nord togolais. Si les trois hommes sont poursuivis pour avoir fourni des informations jugées inexactes aux autorités, l’utilisation d’un drone dans une région marquée par des attaques jihadistes récurrentes a également été pointée du doigt par la justice locale. L’enquête porte sur d’éventuelles violations des règles liées à la sécurité et à la réglementation aérienne.
Le nord du Togo est régulièrement secoué par des incursions de groupes armés liés à la mouvance jihadiste, ce qui rend la zone particulièrement sensible et étroitement surveillée par les forces de défense. Dans ce contexte, l’usage d’un drone par une équipe de tournage étrangère a immédiatement été perçu comme un risque potentiel, justifiant l’interpellation et les poursuites. Depuis plusieurs années, Lomé applique une politique de fermeté face à tout ce qui pourrait menacer la stabilité de cette région frontalière, où le renseignement et le contrôle des mouvements sont prioritaires.
La libération sous contrôle judiciaire de Sebastian Perez Pezzani, bien que conditionnée à son suivi médical, ne signifie pas un non-lieu. La justice togolaise conserve la main sur le dossier, et les charges principales – notamment celles liées aux déclarations et à l’usage du drone – restent en suspens. La demande d’évacuation sanitaire vers la France, soutenue par Reporters sans frontières, pourrait peser sur la suite des procédures, mais rien n’indique pour l’instant une levée totale des poursuites contre l’ensemble des accusés.
Me Marital Akakpo, avocat des réalisateurs, a insisté sur la gravité de l’état de santé de son client, évoquant deux avis médicaux attestant de l’absence de plateau technique adéquat au Togo pour l’opération nécessaire. Il estime que les mesures de contrôle judiciaire devraient être levées au plus vite, compte tenu de l’évolution de la situation clinique de Perez Pezzani. L’avocat a également confirmé qu’un médecin français s’était proposé pour accueillir et opérer le patient en métropole, ce qui renforce la demande d’une autorisation de sortie du territoire.
Cette affaire met en lumière les tensions récurrentes entre les impératifs de sécurité nationale et le travail des journalistes et documentaristes étrangers en Afrique de l’Ouest. Si les autorités togolaises justifient leur fermeté par le contexte sécuritaire dégradé, des voix, dont celle de RSF, s’élèvent pour dénoncer une procédure qui risque de freiner la liberté d’informer et de témoigner sur le terrain. L’issue de ce dossier pourrait servir de précédent dans une région où les États sont de plus en plus vigilants face aux images et aux récits produits par des équipes internationales.



