#Niger : Le général Tiani se dit prêt à restituer à Orano l'uranium produit avant la nationalisation de la mine de la Somaïr
Dans un entretien diffusé à la télévision nationale RTN ce vendredi 13 février, le chef de l'État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a ouvert la… pic.twitter.com/7j3Noasb3E
— Josly Ngoma (@josly_ngoma) February 16, 2026
Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a tranché : la part d’uranium revenant à Orano dans le cadre du contentieux sur la nationalisation de la Somaïr se limitera strictement au tonnage extrait avant la reprise en main du site d’Arlit par l’État. Dans une allocution télévisée diffusée fin de semaine dernière, il a fixé à environ 156 tonnes le volume sur lequel la participation historique de l’opérateur français pourrait être calculée, excluant toute production postérieure à la prise de contrôle effective par Niamey.
Cette déclaration précise les termes d’un désaccord qui oppose désormais ouvertement l’ex-partenaire historique au pouvoir issu du putsch de juillet 2023. « La France a ses 63,4 % de 156,231 tonnes. S’ils veulent qu’on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport », a assené le chef de l’État, ajoutant : « tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. Et restera nigérien ». Une formulation qui balaie d’un revers de main les revendications d’Orano sur les quelque 2 000 tonnes extraites depuis l’été 2023 sous administration nigérienne.
Le discours présidentiel s’inscrit dans la continuité d’une argumentation déjà développée fin 2025 par les ministres des Mines et de la Justice. Ces derniers avaient rappelé que la concession d’Arlit, accordée en 1968 pour 75 ans, n’équivalait pas à un transfert de propriété du sous-sol, et que sa mauvaise gestion supposée par l’opérateur français justifiait la nationalisation. Ils avaient également avancé des chiffres pour étayer leur thèse d’un déséquilibre historique : plus de 80 000 tonnes extraites entre 1971 et 2024, dont une part commercialisée par Orano jugée disproportionnée par rapport à sa participation au capital. Enfin, ils avaient mis en avant des impayés de redevances et des investissements publics de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pour maintenir l’activité après le retrait de fait du groupe français.
Dans l’immédiat, ce différend commercial se double d’une bataille juridique. Orano a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) pour contester ce qu’il considère comme une expropriation. Mais le timing joue en défaveur du groupe français. Le prix spot de l’uranium a plus que triplé en quatre ans, porté par un regain d’intérêt mondial pour le nucléaire. Pour le Niger, cette flambée des cours est une aubaine à ne pas laisser passer, à condition toutefois de pouvoir relancer une production qui n’a plus les niveaux du milieu des années 2010.
Reste à savoir si cette fermeté affichée résistera à l’épreuve des faits. La Somaïr, fleuron de l’industrie minière nigérienne, nécessite des investissements lourds et un savoir-faire technique que Niamey ne maîtrise pas encore entièrement. En fixant unilatéralement les règles du partage, le pouvoir nigérien envoie un signal clair aux autres investisseurs potentiels : la souveraineté sur les ressources n’est plus négociable. Mais le risque est grand de voir s’éloigner durablement les opérateurs internationaux si la sécurité juridique des contrats venait à être constamment remise en cause.



