United Bank for Africa (UBA), l’une des plus grandes institutions financières panafricaines, voit ses filiales de la zone CFA (UEMOA et CEMAC) s’affirmer comme un relais de croissance majeur. En 2024, les bénéfices générés par ces filiales ont augmenté de 166 %, représentant désormais un tiers du résultat net global du groupe. Cette performance remarquable, portée par une stratégie d’expansion à long terme, a permis à UBA de renforcer sa position dans le paysage bancaire africain, malgré des défis économiques internes au Nigeria.
Le résultat net consolidé de UBA a progressé de 26 % en 2024, atteignant 766,6 milliards de nairas (environ 500 millions USD), grâce en grande partie aux performances exceptionnelles de ses filiales en Afrique francophone. Le Net Operating Income (NOI) de la zone CFA a enregistré une hausse de 115 %, s’élevant à 482,6 milliards de nairas (315 millions USD). Toutefois, cette croissance a été également influencée par les fluctuations monétaires, notamment la dépréciation du naira face au franc CFA, qui a amplifié les résultats financiers en nairas.
L’Afrique francophone a toujours occupé une place centrale dans la stratégie d’expansion de UBA. Depuis l’ouverture de ses premières filiales en 2005, la banque a su capitaliser sur une implantation solide, notamment en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Burkina Faso et au Sénégal. Ces marchés représentent aujourd’hui un maillon clé dans son réseau africain, avec 131 agences dans la zone CFA, soit environ 17,6 % de son réseau global. En dépit d’une couverture encore modeste en volume, l’Afrique francophone devient un pôle de rentabilité important pour UBA, dépassant même certaines régions historiquement plus proches du Nigeria, comme l’Afrique de l’Est.
Si la montée en puissance de la zone CFA est indéniable, il convient de noter que cette performance est partiellement attribuée aux effets de change. En effet, la dépréciation du naira par rapport au franc CFA a entraîné une surévaluation des résultats de la zone CFA en nairas. UBA reconnaît ainsi que les gains enregistrés en 2024 ne se traduiraient pas forcément par une croissance équivalente en dollars, où les résultats de la zone CFA n’ont progressé que de 56 %. Cette dynamique soulève des questions sur la pérennité de la croissance dans un contexte de volatilité monétaire.
La croissance de UBA dans la zone CFA, bien qu’impressionnante, ne signifie pas que la banque est à l’abri de risques. L’inflation et la volatilité des devises continuent de peser sur l’économie nigériane, ce qui pourrait freiner la consolidation de ses résultats à long terme. De plus, les investissements considérables réalisés dans le digital et dans l’extension du réseau bancaire en Afrique francophone, bien qu’indispensables pour renforcer la compétitivité de la banque, entraînent des coûts élevés. En 2024, les dépenses opérationnelles dans les marchés hors Nigeria ont représenté 45 % des coûts du groupe, ce qui laisse présager des défis à surmonter pour maintenir l’équilibre financier.
L’un des principaux défis à court terme pour UBA concerne la gestion des créances, avec des pertes estimées à 55,9 milliards de nairas (36 millions USD) dans les marchés hors Nigeria, notamment en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Ces pertes sont en partie dues à la fragilité des portefeuilles PME, particulièrement sensibles aux fluctuations économiques. Par ailleurs, les charges fiscales dans certains pays francophones restent trois fois plus élevées qu’au Nigeria, ce qui affecte la rentabilité globale du groupe. Toutefois, malgré ces obstacles, UBA continue de diversifier ses activités, avec plus de 70 % de ses transactions désormais réalisées via des canaux digitaux, un domaine dans lequel la banque mise fortement pour les années à venir.