Le 76e congrès annuel de la FIFA s’ouvre jeudi à Vancouver, réunissant les 211 associations membres. Au programme : adoption du budget, désignation des hôtes des Coupes du monde féminines 2031 et 2035, et possible réintégration de la Russie, suspendue depuis l’invasion de l’Ukraine. Mais l’événement sert aussi de rampe de lancement officieuse à la Coupe du monde masculine 2026, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Les délégués examineront les états financiers et les orientations stratégiques de l’instance. Parmi les sujets sensibles figure le statut des fédérations sous sanctions, en premier lieu la Russie. Son président, Gianni Infantino, a jugé en février que l’exclusion n’avait « rien résolu ». Les représentants pourraient donc voter un retour, ce qui raviverait la controverse sur la prétendue neutralité politique du football. En parallèle, la FIFA doit clarifier le processus d’attribution des Mondiaux féminins, alors que plusieurs candidatures restent floues.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie est bannie des compétitions FIFA et UEFA, contrairement à d’autres pays impliqués dans des guerres jugées illégales par le droit international. L’expert David Pavot dénonce une « application à géométrie variable » des règles. Ce double standard nourrit la défiance envers Infantino, déjà critiqué pour son rapprochement avec plusieurs régimes autoritaires. À Vancouver, ce passif pèse sur les débats, alors que la légitimité morale de la FIFA est plus que jamais questionnée.
Le congrès pourrait acter un retour progressif de la Russie, ce qui ouvrirait la voie à sa participation aux éliminatoires du Mondial 2026. Une telle décision provoquerait une onde de choc politique, en pleine guerre en Ukraine. Par ailleurs, la désignation des pays hôtes pour les Coupes du monde féminines 2031 et 2035 sera scrutée : l’Afrique et l’Asie du Sud-Est sont pressenties, mais rien n’est figé. Enfin, l’absence de chiffres définitifs sur les retombées économiques pour Vancouver illustre l’opacité chronique des grands événements sportifs.
Des groupes citoyens et des supporteurs des Whitecaps de Vancouver comptent profiter du congrès pour se faire entendre. Les premiers dénoncent le coût humain et social de l’organisation du Mondial. L’Association des libertés civiles de la Colombie Britannique tiendra un point de presse pour exiger des comptes. À six semaines du coup d’envoi, ni la province ni la ville ne connaissent encore le solde réel de leur investissement. Le gouvernement provincial promet une mise à jour… sans garantie de transparence.
Simon Chadwick, professeur à l’École de commerce emlyon, spécialiste de la géopolitique économique du sport, est sans illusion. « Vancouver et la Colombie Britannique ne vont pas devenir incroyablement riches parce que quelques matchs de football s’y déroulent », résume t il. Les bénéfices pour l’hôtellerie et la restauration seront réels, mais marginaux à l’échelle macroéconomique. Selon lui, la mise à jour des comptes publics risque d’être décevante. Un avertissement qui vaut pour tous les pays hôtes, y compris ceux d’Afrique tentés par les grandes compétitions.



