Le Zimbabwe a franchi un cap stratégique dans sa filière lithium en réalisant, en avril dernier, sa première exportation africaine de sulfate de lithium, produit raffiné à forte valeur ajoutée. Cette avancée concrétise une politique de restriction musclée menée depuis le début de l’année, dont un embargo sur les concentrés de spodumène, remplacé par un système de quotas. Objectif affiché : cesser totalement les exportations de concentrés brut d’ici janvier 2027.
Cette première cargaison de sulfate de lithium a été assurée par le groupe chinois Zhejiang Huayou Cobalt, opérateur de la mine Arcadia, où une raffinerie de 50 000 tonnes par an a été inaugurée quelques mois plus tôt. Dans la foulée, le géant chinois Sinomine Resource a annoncé, le 19 mai, vouloir lever jusqu’à 764 millions de dollars pour accélérer la construction d’une usine de 100 000 tonnes sur le site de sa mine Bikita. Un autre acteur chinois, Sichuan Yahua, a également lancé les travaux d’une unité de transformation sur sa mine Kamativi.
Premier producteur africain de lithium, le Zimbabwe a longtemps exporté l’essentiel de sa production sous forme de concentrés de spodumène, captant ainsi une faible part de la valeur finale. Le lithium est pourtant un métal stratégique pour les batteries de véhicules électriques, et Harare a compris qu’il ne pourrait rester simple fournisseur de matière première. Depuis plusieurs années, le gouvernement pousse les industriels à monter en gamme, en jouant la carte de la contrainte réglementaire progressive pour éviter un blocage brutal des investissements.
D’ici 2027, l’exportation de concentrés sera totalement interdite. D’ici là, le système de quotas doit préparer les acteurs à ce basculement. L’enjeu est financièrement considérable : le sulfate de lithium livré en Chine cotait fin mai plus de 8 700 dollars la tonne, contre moins de 2 600 dollars pour le concentré. La transformation locale permet en outre de réduire les coûts logistiques et de mieux capter les marges en période de hausse des prix. Mais ce calendrier ambitieux suppose que toutes les usines annoncées sortent de terre sans retard majeur.
Rien n’est pourtant acquis. La stratégie zimbabwéenne repose en grande partie sur des groupes chinois dont les décisions d’investissement restent sensibles aux fluctuations du marché mondial du lithium. Sinomine, Sichuan Yahua, Chengxin Lithium Group : tous ont accepté le jeu de la transformation locale, mais aucune garantie contractuelle ne les empêcherait de ralentir leurs projets si les prix s’effondraient. Par ailleurs, l’interconnexion entre les mines et les nouvelles raffineries reste à prouver sur le plan technique et logistique.
Les exportations de lithium du Zimbabwe ont généré environ 571 millions de dollars en 2025. Ce montant, déjà significatif, pourrait doubler voire tripler lorsque le sulfate de lithium représentera l’essentiel des flux. Harare mise sur ces recettes pour améliorer sa balance commerciale, sans illusion toutefois : la transformation locale ne crée pas encore une industrie complète, faute de capacité à produire des batteries ou des cathodes. Le pays reste tributaire des raffineurs chinois, qui conservent la maîtrise technologique et les débouchés finaux.



