Le 24 février 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont voté contre une résolution de l’ONU exigeant le retrait immédiat des troupes russes d’Ukraine. Ce choix, pris par les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), marque un tournant dans la diplomatie de la région, soulignant un alignement croissant avec la Russie sur la scène internationale. Bien que cet acte soit resté relativement discret en Afrique, il témoigne d’une convergence significative de leurs positions face à la guerre en Ukraine.
Historiquement, les trois pays avaient adopté des positions différentes concernant le conflit en Ukraine. Le Mali avait systématiquement soutenu la Russie lors des votes à l’ONU, tandis que le Burkina Faso et le Niger, bien qu’évitant de prendre position fermement, avaient souvent opté pour l’abstention ou la non-participation. Le vote de février 2025 constitue ainsi un premier véritable alignement des trois nations, qui semblent désormais suivre une ligne diplomatique commune sur ce dossier, en phase avec leur rapprochement progressif avec Moscou.
Depuis le début du conflit en 2022, les gouvernements africains ont adopté des positions variées. Si certains, comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou l’Égypte, ont maintenu une ligne critique contre la Russie, la majorité des pays africains ont préféré une attitude plus neutre, souvent marquée par l’abstention. L’alignement de l’AES avec la Russie sur cette question s’inscrit donc dans un contexte plus large de redéfinition des relations internationales, dans lequel plusieurs nations du continent privilégient la diversification de leurs partenaires stratégiques.
Ce vote pourrait présager de nouvelles dynamiques au sein de l’ONU, où les relations diplomatiques continuent d’évoluer. Alors que les États-Unis ont, pour la première fois, voté aux côtés de l’AES dans ce contexte, sous l’administration Trump, cette convergence diplomatique ne reflète pas forcément des motivations identiques. En effet, si les États-Unis cherchent à mettre fin au conflit sans condamner directement Moscou, l’AES, elle, s’inscrit dans une logique de renforcement de ses liens avec la Russie, principalement en matière de coopération militaire et économique.
La décision des pays de l’AES s’inscrit également dans un cadre plus large de rapprochement avec la Russie. Ces États ont signé plusieurs accords de coopération sécuritaire avec Moscou, notamment pour le déploiement d’instructeurs militaires russes et l’envoi de matériel destiné à combattre les groupes djihadistes dans la région. Sur le plan économique, bien que des accords aient été signés, leur impact reste encore limité, mais ils marquent une volonté manifeste de diversifier leurs partenariats au détriment des relations historiques avec l’Occident, comme en témoignent les tensions croissantes avec la France.
Le vote de l’AES contre la résolution de l’ONU soulève des interrogations sur les conséquences de ce réalignement stratégique. Alors que Moscou pourrait offrir une coopération sécuritaire renforcée, la question demeure de savoir si ces rapprochements se traduiront par des avantages tangibles pour les pays sahéliens, notamment en termes d’investissements et de financements extérieurs. Les relations avec l’Europe, notamment la France, continuent de se détériorer, ce qui pourrait limiter leur capacité à attirer des soutiens économiques et politiques nécessaires pour leur développement à long terme.
UN General Assembly ADOPTS resolution “Advancing a comprehensive, just and lasting peace in Ukraine”; calls for deescalation, early cessation of hostilities and peaceful resolution of the war against Ukraine
RESULT
In favor: 93
Against: 18
Abstain: 65 pic.twitter.com/VhQ5Y1W2il— UN News (@UN_News_Centre) February 24, 2025