Khaby Lame, l’influenceur le plus suivi au monde, vient d’opérer une transaction d’une ampleur inédite dans l’industrie des créateurs de contenu. L’humoriste italo-sénégalais a cédé 51% de la société gérant son image et ses actifs au groupe d’investissement hongkongais Rich Sparkle Holdings, pour une valorisation globale avoisinant le milliard de dollars (975 millions). Cette opération, bien plus qu’une simple vente d’actions, est structurée autour du lancement d’un jumeau numérique alimenté par l’intelligence artificielle.
L’élément central de cet accord de 975 millions de dollars réside dans la création d’un double virtuel de Khaby Lame. Cette entité, pilotée par l’IA, sera capable de générer du contenu à l’échelle mondiale, indépendamment de la présence physique du créateur. Pour préserver l’authenticité de la marque, l’influenceur a néanmoins mis en place une cellule de supervision. Une équipe de garants, qu’il dirige, devra valider systématiquement toutes les productions du clone numérique avant leur diffusion. Le Corriere della Sera y voit un changement de paradigme : Khaby Lame n’est plus un simple ambassadeur pour des marques, il est lui-même devenu une marque globale à part entière.
Cette consécration financière couronne une ascension fulgurante, caractéristique de l’ère des réseaux sociaux. Découvert pendant la pandémie de Covid-19 en 2020, Khaby Lame, alors ancien ouvrier au chômage vivant dans un HLM près de Turin, a conquis la planète par son humour silencieux et universel. Son art de la mimique, démontrant l’absurdité de tutoriels compliqués, lui a valu une audience sans précédent. Il est devenu le créateur le plus suivi sur TikTok en 2022, cumule aujourd’hui environ 250 millions d’abonnés sur les plateformes et a été nommé ambassadeur de bonne volonté de l’Unicef en janvier 2025.
Cette transaction ouvre une nouvelle ère pour l’économie des influenceurs, où la valeur ne réside plus seulement dans la personne physique, mais dans son capital de notoriété transformable en actif numérique pérenne. Le jumeau IA de Khaby Lame pourrait multiplier les collaborations publicitaires, les apparitions et les productions de contenu sans limite géographique ou temporelle. Cependant, ce modèle pose des questions cruciales sur l’avenir du métier de créateur, la propriété de l’image dématérialisée et les risques de dilution de l’authenticité, seul véritable capital de confiance avec le public.
L’implication d’un fonds d’investissement asiatique comme Rich Sparkle Holdings n’est pas anodine. Elle révèle la perception de l’influenceur global comme une classe d’actif à haut rendement par la finance internationale, et illustre la course pour le contrôle des visages les plus reconnaissables du web. Pour Khaby Lame, cette manne financière et ce partenariat stratégique lui offrent les moyens de bâtir un empire bien au-delà des réseaux sociaux, tout en sécurisant son avenir économique.
Le succès de Khaby Lame demeure un phénomène singulier, né d’un format simple et d’une authenticité qui a transcendé les cultures. La réplication de ce succès par une intelligence artificielle constituera le véritable test. L’enjeu pour sa nouvelle structure sera de maintenir l’essence de ce qui a fait son succès : cette forme d’humanité silencieuse et ironique, tout en industrialisant sa présence à l’échelle mondiale. L’équilibre est fragile entre l’expansion d’une marque et la préservation de l’âme d’un créateur.



