La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a annoncé, mercredi 28 janvier 2026, la levée immédiate de toutes les sanctions résiduelles imposées à la Guinée. Cette décision, intervenue peu après celle de l’Union africaine, acte la réintégration pleine et entière du pays au sein de l’organisation sous-régionale, suivant la présidentielle de décembre 2025 remportée par le chef de la junte, Mamadi Doumbouya.
Cette levée totale concerne à la fois les sanctions économiques et financières et les mesures individuelles visant les personnes impliquées dans le coup d’État de septembre 2021. La Cédéao justifie sa décision par « la tenue réussie » du référendum constitutionnel de septembre 2025 et de l’élection présidentielle du 28 décembre dernier. Elle adresse même ses « félicitations » au général Doumbouya, élu avec 86,72% des voix après une période de transition de quatre ans, marquant ainsi une reconnaissance officielle de son administration.
Cette normalisation clôt un chapitre de tensions nées du putsch ayant renversé Alpha Condé, premier président démocratiquement élu du pays. Condé, accusé d’avoir forcé un troisième mandat controversé, avait été destitué par un Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) dirigé par Doumbouya. La Cédéao, qui avait initialement décrété un gel des avoirs financiers, une suspension des transactions et une interdiction de voyage pour les juntaires, avait déjà assoupli une partie de ces mesures en février 2024, suivant une feuille de route de transition.
Les perspectives se concentrent désormais sur la capacité du nouveau pouvoir à répondre aux attentes de l’organisation régionale. Dans son communiqué, la Cédéao exhorte explicitement Conakry à « intensifier ses efforts » en matière de consolidation démocratique, d’État de droit et de développement socio-économique. Cette mise en garde sous-entend que la légitimité électorale, bien qu’avalée, reste conditionnée à des progrès tangibles en gouvernance, dans un contexte où la répression politique a marqué la transition.
La réintégration de la Guinée intervient dans un paysage ouest-africain encore fragilisé par plusieurs crises constitutionnelles. Elle témoigne d’un pragmatisme de la part de la Cédéao, qui semble privilégier une stabilisation politique, même imparfaite, à une isolation prolongée risquant d’exacerber les tensions. Ce choix stratégique pose néanmoins question sur le signal envoyé aux autres régimes issus de coups d’État dans la région, entre exigence de principes et réalpolitique.
En arrière-plan, la situation intérieure guinéenne demeure préoccupante. Le processus ayant conduit à l’élection de Doumbouya a été émaillé d’une répression systématique des oppositions, de suspensions de partis et de médias, ainsi que d’actes d’intimidation. La promesse initiale des putschistes de ne pas se présenter et de rendre le pouvoir aux civils a été rompue. La levée des sanctions, si elle ouvre la porte à une coopération économique renouvelée, ne doit donc pas occulter les défis majeurs de réconciliation nationale et de restauration des libertés fondamentales qui persistent à Conakry.



