Le gouvernement zimbabwéen a annoncé, mercredi, la suspension immédiate des exportations de minerais bruts et de concentrés de lithium. Une décision radicale qui vise à contraindre les compagnies minières opérant sur son sol à transformer la ressource localement, afin d’en maximiser les retombées économiques pour le pays.
Invoquant « l’intérêt national », le ministre des Mines et du Développement minier, Polite Kambamura, a justifié cette mesure par la nécessité de « promouvoir la transparence, la valeur ajoutée et l’enrichissement » dans l’exploitation des richesses minérales du Zimbabwe. Dans un communiqué officiel, il a précisé que seules les entreprises disposant de titres miniers valides et, surtout, d’usines d’enrichissement dûment agréées seront désormais autorisées à exporter. L’État, via ses régulateurs et la Minerals Marketing Corporation of Zimbabwe, est chargé de faire respecter cette suspension « sans exception », avec des contrôles renforcés, y compris des tests de composition minérale sur chaque cargaison.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de ruée mondiale vers le lithium, métal essentiel à la transition énergétique pour la fabrication de batteries. Doté de réserves significatives, le Zimbabwe espérait devenir un acteur majeur sur ce marché. Cependant, jusqu’à présent, la majeure partie de sa production était exportée à l’état brut, principalement vers la Chine, privant le pays de la majeure partie de la valeur créée. Harare tente ainsi de suivre l’exemple d’autres nations africaines riches en ressources, comme la Tanzanie ou la RDC, qui cherchent à imposer un contenu local plus élevé dans l’exploitation minière. Le secteur minier, incluant l’or ou les platinoïdes, est en effet un pilier de l’économie nationale.
Le gouvernement a prévenu que les contrevenants s’exposeraient à de lourdes sanctions, allant du retrait du permis d’exportation jusqu’à l’annulation du titre minier lui-même. Un dialogue avec l’industrie est annoncé pour définir les nouvelles règles et la « voie à suivre ». Cette mesure crée un précédent fort, mais sa mise en œuvre sera complexe. Elle exige des capacités de transformation locales qui sont encore embryonnaires et nécessitera des investissements colossaux pour construire des infrastructures de raffinage à la hauteur.
Si cette politique de localisation pourrait, à terme, transformer la structure de l’économie zimbabwéenne et créer des emplois, elle comporte aussi des risques. En restreignant brutalement l’offre de minerai brut, le Zimbabwe pourrait temporairement perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et freiner l’afflux de nouveaux investisseurs, potentiellement rebutés par ce durcissement des conditions. L’enjeu pour Harare sera désormais de prouver sa capacité à offrir un environnement stable et prévisible, tout en négociant avec des géants industriels bien plus puissants, pour que cette mainmise sur ses ressources ne se traduise pas, à terme, par un isolement économique.



