La France a définitivement perdu son accès à l’uranium nigérien. En nationalisant la filiale locale d’Orano en juin 2025, Niamey a acté la rupture avec l’ex-puissance coloniale. Moins d’un an après ce coup de force, le groupe public français ne reste pas les bras croisés. Il vise désormais le Botswana, la Namibie et d’autres pays d’Afrique australe pour sécuriser l’approvisionnement de son parc nucléaire, qui fournit encore près de 70 % de son électricité.
Orano a déjà obtenu des permis d’exploration au Botswana, où les réserves sont estimées à 800 000 tonnes. La visite récente du président botswanais Duma Boko à Emmanuel Macron a confirmé l’intérêt réciproque. Pourtant, aucune production immédiate n’est à attendre. Même si des projets comme Letlhakane (porté par l’australien Lotus Resources) promettent 3 millions de livres par an, il faudra des années, voire des décennies, avant qu’une mine botswanaise compense la perte de Somaïr.
Jusqu’en 2023, le Niger était le deuxième fournisseur d’uranium de la France après le Kazakhstan. Le coup d’État de juillet 2023 a changé la donne. Paris a vu ses exportations s’arrêter puis la nationalisation de Somaïr officialisée. Ce brutal réveil géopolitique a rappelé une vérité dérangeante : la souveraineté énergétique française repose en partie sur des régimes instables. Depuis, Orano a accéléré sa stratégie de diversification, mais celle-ci reste fragile et à long terme.
La Namibie offre une bouée plus immédiate. Troisième producteur mondial et fournisseur historique de la France, ce pays abrite la mine de Trekkopje, propriété d’Orano. Fermée depuis 2012 faute de rentabilité, elle pourrait rouvrir alors que les prix de l’uranium ont presque doublé en deux ans. Sa durée de vie résiduelle est évaluée à 19 ans. En attendant, Paris s’approvisionne auprès de compagnies chinoises et australiennes actives sur place. Une solution pragmatique, mais politiquement discrète.
D’autres pays émergent discrètement. Au Malawi, la mine de Kayelekera a redémarré en août 2025. L’uranium produit pourrait indirectement alimenter des contrats français sans qu’Orano n’y soit directement positionné. En Zambie, le projet Muntanga vise 2,2 millions de livres par an. Quant à l’Afrique du Sud, ses réserves sont importantes mais restent pour l’essentiel un sous-produit de l’extraction aurifère, limitant leur exploitation autonome. Aucun groupe français n’y est implanté.
Ce tour d’horizon révèle une réalité que peu de responsables politiques assument : l’Afrique reste incontournable pour l’uranium occidental, mais chaque alternative a son prix. Le Botswana n’est pas encore producteur. La Namibie nécessite un investissement lourd. Le Malawi et la Zambie dépendent d’opérateurs étrangers non français. Orano ne remplacera pas le Niger rapidement. Le temps long du nucléaire se heurte ici au temps court des crises géopolitiques. La vérité, c’est que la France a perdu une bataille stratégique. Elle tente d’en préparer une autre, sans certitude de la gagner.



