La cour d’appel de Rabat a confirmé, sans surprise, les peines de prison prononcées en première instance contre 18 supporters sénégalais poursuivis pour les violences survenues lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, le 18 janvier dernier. Neuf d’entre eux écopent d’un an ferme, six de six mois, tandis que trois autres, condamnés à trois mois de détention, devraient être libérés sous peu après avoir purgé leur peine.
Ces condamnations, rendues définitives le 19 février en première instance puis confirmées en appel, concernent des faits d’une gravité rare pour une finale de CAN. À la 78e minute du match opposant le Maroc au Sénégal, un penalty accordé aux Lions de l’Atlas a déclenché une vague d’incidents. Des supporters sénégalais ont envahi la pelouse, lancé des projectiles et affronté directement les forces de l’ordre. Bilan : plusieurs agents blessés et des dégâts matériels significatifs dans le complexe sportif Moulay Abdellah de Rabat.
Ce dossier s’inscrit dans une histoire sensible entre autorités marocaines et supporters visiteurs. Depuis plusieurs années, Rabat impose une tolérance zéro face aux débordements dans ses enceintes sportives, particulièrement lors des compétitions internationales. Le Maroc, qui vise une organisation exemplaire de la CAN 2025 et rêve d’une Coupe du monde, ne peut se permettre d’afficher une image de laxisme sécuritaire. La sévérité judiciaire à l’égard des ressortissants sénégalais, bien que contestée par certaines ONG de défense des droits humains, est donc cohérente avec cette ligne.
Les conséquences de ces violences dépassent le cadre judiciaire. Le 17 mars, le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a en effet décidé de retirer la victoire au Sénégal et d’accorder le titre au Maroc sur le score de 3 0. Une décision sans précédent dans l’histoire de la compétition. Elle ouvre un précédent dangereux : les débordements de supporters pourraient désormais influencer directement les résultats sportifs. Le Sénégal, par la voix de sa fédération, a annoncé son intention de faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).
Sur le terrain diplomatique, l’affaire crispe les relations entre Dakar et Rabat, deux capitales pourtant habituées à entretenir des liens économiques et politiques solides. Des sources proches des négociations évoquent une certaine amertume côté sénégalais : la condamnation ferme de 18 de leurs ressortissants, pour la plupart de simples supporters et non des casseurs identifiés, est perçue comme disproportionnée. À Dakar, certains dénoncent un traitement différencié, rappelant que lors d’incidents similaires impliquant des supporters marocains à l’étranger, les peines avaient souvent été plus clémentes.
Reste une réalité crue : l’Afrique du football change. Les instances, CAF en tête, exigent désormais des stades sûrs et des comportements irréprochables. Le Maroc, candidat permanent aux grandes compétitions, a choisi la fermeté comme marque de fabrique. Les 18 Sénégalais en prison ne sont pas des victimes collatérales d’une justice expéditive, mais les symboles d’un nouveau contrat entre le football continental et ses excès. Pour les supporters voyageurs, le message est clair : désormais, envahir la pelouse en finale peut coûter cher. Très cher.



