Selon les résultats provisoires annoncés dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 avril 2026 par la Commission électorale nationale autonome (Céna), Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle béninoise avec 94 % des suffrages exprimés. Âgé de 49 ans, l’actuel ministre de l’Économie et des Finances succède ainsi à Patrice Talon pour un mandat de sept ans.
Le candidat du pouvoir devance très largement Paul Hounkpè, figure de l’opposition dite modérée des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), qui ne recueille qu’environ 6 % des voix. Sans attendre la proclamation officielle de la Céna, Hounkpè a reconnu sa défaite et félicité son adversaire dans un communiqué, signe d’une opposition qui n’a pas cherché à contester un résultat attendu. La participation atteint près de 59 %, un niveau en hausse par rapport au scrutin de 2021, où elle s’était établie à 50 % pour la réélection de Patrice Talon avec 86 % des voix.
Ce scrutin s’inscrit dans la continuité politique ouverte par Patrice Talon depuis son arrivée au pouvoir en 2016. Après avoir réformé le code électoral et verrouillé l’accès à la présidentielle via un système de parrainage très restrictif, Talon a progressivement réduit l’espace de l’opposition. Les précédentes élections avaient déjà été marquées par des scores massifs en faveur du camp présidentiel. L’absence d’une opposition réellement structurée et l’élimination de plusieurs candidats potentiels lors des phases de contrôle des candidatures expliquent en partie un rapport de forces aussi déséquilibré.
Il revient désormais à la Cour constitutionnelle de proclamer les résultats définitifs, une étape généralement formelle au Bénin. Fort d’une légitimité écrasante sur le papier, Wadagni devra gouverner dans un climat où l’opposition est quasi inexistante sur le plan électoral. Le risque pour le nouveau président est celui d’un mandat sans contre-pouvoir véritable, où la contestation pourrait se déplacer hors des urnes, notamment dans la rue ou via la société civile. La gestion de cette absence d’alternance crédible sera l’un des premiers défis politiques de son septennat.
Le président de la Céna, Sacca Lafia, a assuré que le vote avait pu se dérouler sur l’ensemble du territoire, malgré des « volontés de perturbations dans certaines localités du nord ». Selon lui, les forces de défense et de sécurité ont permis de « sanctuariser le vote », sans fournir davantage de précisions sur la nature de ces incidents. Ces déclarations laissent planer une zone d’ombre sur d’éventuelles tensions locales, que les observateurs indépendants n’ont pas encore pu documenter de manière exhaustive.
Un score de 94 % interroge moins sur la légitimité du vainqueur que sur l’état du jeu démocratique béninois. Dans un pays qui fut longtemps présenté comme un modèle de transition en Afrique de l’Ouest, un tel plébiscite sans opposition réelle interpelle. Pour les soutiens de Wadagni, il s’agit d’une reconnaissance de son action à la tête des finances publiques. Pour ses détracteurs, ce chiffre illustre avant tout la mainmise d’un système sur les institutions électorales. Quoi qu’il en soit, le nouveau président hérite d’un pouvoir sans partage, mais aussi d’une exigence de résultats sur le plan économique et social.



