Le Marathon de Tokyo a livré son édition 2024, et comme souvent, les temps d’exception ont été au rendez-vous. Si l’épreuve japonaise est un passage obligé pour les prétendants aux podiums mondiaux, cette année, deux noms ont particulièrement retenu l’attention : ceux de Brigid Kosgei et de Tadese Takele. La Kényane a signé un retour fracassant en s’adjugeant la course avec un nouveau record du parcours, tandis que l’Éthiopien a confirmé sa place parmi l’élite en conservant son titre.
Chez les dames, Brigid Kosgei a livré une démonstration de force. L’ancienne détentrice du record du monde a coupé la ligne d’arrivée en 2 heures 14 minutes et 29 secondes, effaçant des tablettes le précédent record de l’épreuve. Ce chrono, stratosphérique, la replace immédiatement dans la conversation pour les grands championnats à venir. Elle relègue ses poursuivantes, l’Éthiopienne Bertukan Welde (2h16’36”) et sa compatriote Hawi Feysa (2h17’39”), à plus de deux minutes, signe d’une domination sans partage sur le bitume tokyoïte.
Du côté des hommes, la course a offert un autre type de spectacle, celui d’un duel au sommet. Tadese Takele, vainqueur sortant, a dû puiser dans ses dernières ressources pour contenir l’assaut du Kényan Geoffrey Kipchumba. Les deux hommes sont crédités du même temps, 2h03’37”, mais c’est bien l’Éthiopien qui a eu le dernier mot au sprint. Un autre Kényan, Alexander Mutiso Munyao, complète le podium en 2h03’38”, confirmant la densité exceptionnelle de cette édition et la rivalité féroce entre les deux nations reines du fond.
Cette performance s’inscrit dans un contexte particulier. Pour Brigid Kosgei, ce retour au premier plan est une réponse cinglante aux critiques qui ont suivi sa déception aux Jeux de Tokyo. Après avoir perdu son record du monde et son statut de numéro un incontestée, elle prouve à 30 ans qu’elle a encore faim de victoires. Pour Tadese Takele, ce doublé le propulse dans une autre catégorie. À seulement 22 ans, il s’impose comme un sérieux prétendant pour les prochains rendez-vous internationaux, confirmant la relève éthiopienne après une période de domination kényane.
Au-delà de la performance individuelle, ces résultats posent la question de la préparation pour les Jeux Olympiques de Paris. Si Tokyo n’est pas le parcours le plus rapide du circuit, il est réputé pour sa rigueur et sa logistique. S’y imposer, et surtout y réaliser de tels chronos, envoie un signal fort à la concurrence. Brigid Kosgei a envoyé le sien : elle est de retour. Tadese Takele, lui, a confirmé le sien : il faudra compter sur lui.
Enfin, cette édition 2024 rappelle que le marathon, discipline souvent perçue comme un long cheminement solitaire, est aussi un sport de duel et de stratégie. Le finish haletant entre Takele et Kipchumba, conclu à la photo-finish, a offert un spectacle rare qui contraste avec la démonstration solitaire de Kosgei. Ces deux visages du marathon, l’exploit en solitaire et le sprint au bout de l’effort, ont fait de Tokyo une répétition générale passionnante à quelques mois des échéances olympiques.



