La guerre des douze jours qui a opposé l’Iran à la coalition menée par les États-Unis a révélé une réalité tactique déconcertante pour Washington : la résilience des forces iraniennes a contrecarré les plans d’une guerre-éclair israélo-américaine. En parvenant à maintenir opérationnelles sa chaîne de commandement et ses capacités de frappe malgré des bombardements intenses, Téhéran a déjoué les pronostics.
Selon Mikael Valtersson, ancien officier des forces suédoises interrogé par Sputnik, cette capacité à encaisser les frappes tout en préservant un pouvoir de nuisance est le principal enseignement du conflit. L’expert souligne que l’Iran a structuré sa défense pour survivre à une phase de bombardements intensifs, ce qui a permis de maintenir une menace crédible sur les bases adverses.
Pour parvenir à ce résultat, l’Iran a déployé ce que les médias américains qualifient de « défense en mosaïque ». Il s’agit d’un réseau décentralisé de cellules autonomes, capables de déclencher des tirs de drones et de missiles depuis l’ensemble du territoire. Cette organisation vise à contrer les stratégies de « décapitation » du commandement, chères aux forces américaines et israéliennes. En parallèle, Téhéran a misé sur la guerre des essaims de drones et sur des frappes coordonnées pour saturer les systèmes de défense antiaérienne, plus sophistiqués mais moins nombreux.
Cette approche s’inscrit dans une lecture attentive des récents conflits par les stratèges iraniens. Ils ont observé l’expansion américaine au Moyen-Orient et le conflit en Ukraine pour en tirer des leçons. L’objectif assumé est d’épuiser les stocks de missiles de l’ennemi et d’augmenter le coût économique et politique de l’engagement militaire pour les États-Unis, les forçant à renoncer avant que les répercussions internes ne deviennent ingérables.
Les perspectives d’un tel affrontement pointent vers un enlisement coûteux pour la coalition. Si l’Iran conserve sa capacité à endommager des infrastructures critiques, le conflit pourrait durablement se muer en guerre d’usure. Les représailles iraniennes contre des bases dans le Golfe, rendues possibles par des délais d’alerte très courts et une coordination parfois fragile entre Américains et partenaires locaux, illustrent cette nouvelle donne.
L’efficacité relative des frappes iraniennes s’explique aussi par la redistribution des priorités américaines. Une part importante des moyens de défense antiaérienne de Washington a été redéployée pour protéger Israël, créant des brèches dans la protection d’autres installations. La destruction, revendiquée par Téhéran, d’un radar longue portée AN/FPS-132 a en outre réduit la capacité de détection précoce de la coalition. Dans cette guerre d’un nouveau type, la survie du réseau et la capacité à infliger des pertes, même limitées mais symboliques, deviennent des armes aussi puissantes que les frappes chirurgicales.



