Dix jours après les attaques jihadistes et rebelles qui ont secoué Bamako et plusieurs villes du Mali, le secteur minier affiche une résilience frappante. Allied Gold, Resolute Mining et Kodal Minerals ont tous confirmé la poursuite normale de leurs activités. Aucune mine majeure n’a cessé sa production. Dans un pays où l’or représente près de 41 % des recettes budgétaires, cette stilité opérationnelle est une bouffée d’oxygène pour la junte, fragilisée sur le plan sécuritaire mais encore debout économiquement.
Les mines de Sadiola dans l’ouest, Syama dans le sud et Bougouni également au sud continuent de tourner. Leurs axes logistiques, y compris les livraisons de carburant et de pièces détachées, restent ouverts. Les exportations de concentré de spodumène vers le port ivoirien de San Pedro suivent leur calendrier. Barrick Gold et B2Gold, les deux premiers producteurs du pays, n’ont pas encore communiqué officiellement, mais tout porte à croire que leurs sites de Loulo Gounkoto et Fekola fonctionnent normalement. Cette résilience n’est pas un coup de chance : elle repose sur des choix géographiques, stratégiques et économiques.
Les attaques du 25 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et des rebelles touaregs, ont coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara et touché l’aéroport de Bamako. Le président Assimi Goïta s’est depuis nommé lui même à la tête du ministère de la Défense. Pourtant, dès septembre 2025, le JNIM avait déjà tenté un blocus des routes d’approvisionnement en carburant, une forme de jihad économique. À l’époque, certaines mines avaient souffert. Aujourd’hui, la donne a changé : l’armée malienne protège certains convois, et les sites miniers restent concentrés dans le sud et l’ouest, loin des foyers actifs du centre et du nord.
La question centrale est désormais de savoir si cette résilience peut durer. La sophistication inédite des attaques du 25 avril montre une montée en puissance des groupes armés. Jusqu’ici, les mines sont restées loin de la ligne de feu. Mais l’histoire récente invite à la prudence. En janvier 2026, la mine de Morila a été attaquée, avec incendies d’équipements et prise d’otages. En mai 2025, un convoi d’Allied Gold vers Sadiola avait déjà été visé dans la région de Kayes. Si la pression sécuritaire s’intensifie, aucun site ne sera définitivement à l’abri.
Un facteur clé explique l’acharnement des compagnies à maintenir la production : le prix de l’or a bondi de plus de 60 % en 2025 et s’échange encore à des niveaux historiquement records. Comme le résume un dirigeant du secteur cité par Reuters, les cours élevés et la qualité des gisements compensent encore largement les risques sécuritaires. Dans ce contexte, réduire ou suspendre ses activités reviendrait à sacrifier des marges exceptionnelles.
Il serait naïf d’ignorer le volet politique. Après un long bras de fer entre l’État malien et Barrick Gold entre 2023 et 2025, les compagnies minières savent qu’elles évoluent sous surveillance. Les autorités de transition, qui tirent une part décisive de leurs revenus de l’extractif, ne toléreraient pas un arrêt de production perçu comme une défiance. Dans ce jeu de vases communicants, tenir coûte que coûte est devenu pour les opérateurs une question de survie commerciale, autant que de patriotisme économique.



