Le Burkina Faso a interdit la diffusion de la chaîne française TV5 Monde sur son territoire. Motif officiel : la chaîne aurait diffusé des informations « falsifiées » et participé à une « glorification du terrorisme ». La décision, signée par le Conseil supérieur de la communication du pays, est effective immédiatement.
Selon les autorités burkinabè, les programmes incriminés couvrent une période allant d’avril à mai 2026. Ils porteraient sur la recrudescence des attaques terroristes au Sahel, en particulier au Mali voisin. Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication, évoque des « manquements nombreux à la loi, à la déontologie et à l’éthique professionnelle dans le traitement des sujets liés à la lutte contre le terrorisme ». Parmi les griefs précis : la désinformation et, accusation plus lourde, l’embellissement des actes terroristes.
Cette suspension s’inscrit dans une série répétée de mesures similaires. En 2024, TV5 Monde avait déjà été suspendue à deux reprises, en avril et en juin. La même année, BBC Africa, Voice of America (VOA), Deutsche Welle, ou encore The Guardian avaient subi le même sort, après la publication d’un rapport de Human Rights Watch accusant l’armée burkinabè d’exécutions extrajudiciaires de villageois. En octobre 2024, VOA écopait d’une suspension de trois mois. Le Burkina Faso, dirigé par une junte militaire depuis 2022, multiplie les signes de défiance envers les médias occidentaux, qu’il accuse régulièrement de partialité.
Rien n’indique un infléchissement de cette ligne. Le Burkina, allié au Mali et au Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel, affiche une hostilité croissante aux anciens partenaires occidentaux, notamment la France. La suspension de TV5 Monde pourrait être suivie d’autres sanctions contre des médias francophones, y compris africains. À terme, c’est tout l’espace informationnel du pays qui risque de se refermer, au profit de relais locaux et russes. La junte privilégie désormais des partenaires comme Moscou, y compris pour des projets structurants comme un satellite de télécommunications sahélien.
Ce n’est pas un cas isolé dans la région. Au Mali, plusieurs journalistes étrangers ont vu leur accréditation retirée. Au Niger, les critiques des médias internationaux sont systématiquement dénoncées comme une ingérence. Les juntes du Sahel justifient ces restrictions par la souveraineté et la lutte contre une prétendue désinformation occidentale. Mais ces mesures frappent indistinctement des médias aux lignes éditoriales pourtant différentes, de VOA à France 24, en passant par TV5 Monde, ce qui interroge leur caractère sélectif.
En accusant TV5 Monde de « glorification du terrorisme », le Burkina pousse un curseur dangereux. Cette qualification, rarement utilisée contre des médias généralistes, transforme un différentiel de traitement journalistique en accusation morale grave. Elle crée un précédent. Si couvrir des attaques terroristes sans adopter le discours officiel peut être assimilé à une complicité avec les groupes armés, alors toute information indépendante devient impossible. Les rédactions étrangères doivent désormais anticiper des risques juridiques et sécuritaires accrus pour leurs équipes sur le terrain.



