Au cœur des frappes israélo-américaines, l’Iran s’est doté d’un nouveau guide suprême. L’Assemblée des experts a officiellement désigné Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien chef d’État récemment tué, pour lui succéder à la tête de la République islamique. Cette annonce, survenue ce dimanche, met fin à une période de flou politique dans un pays soumis à une intense campagne de bombardements. Elle consacre l’ascension d’une figure de l’ombre longtemps préparée à la succession.
Âgé de 56 ans, Mojtaba Khamenei a émergé comme le candidat du consensus après des années de manœuvres discrètes au sein des cercles du pouvoir. Sa nomination était devenue plus probable depuis le décès de l’ancien président Ebrahim Raïssi en 2024, qui éliminait un rival potentiel. Bien que son nom ait été publiquement évoqué par Donald Trump comme une cible, le nouveau guide a survécu à la vague de frappes. Son intronisation, loin d’être une surprise, est l’aboutissement d’un long processus visant à assurer la pérennité du système, même sous les bombes.
Cette succession marque un tournant dans l’histoire de la République islamique, fondée sur le rejet du principe dynastique cher à la monarchie déchue. Mojtaba Khamenei, qui ne porte que le titre religieux intermédiaire d’hodjatoleslam, a pourtant patiemment construit son influence, s’appuyant sur un réseau solide au sein du Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI). Il est perçu comme l’incarnation de la continuité, mais aussi comme le symbole d’un régime qui, face à la crise, se replie sur son noyau sécuritaire et familial.
À l’avenir, la stratégie du nouveau guide suprême se précise. Intransigeant et opposé historique à tout dialogue avec l’Occident, il devrait verrouiller l’appareil d’État autour d’une ligne dure. Son ascension risque de réduire encore les espaces de débat interne et de renforcer la mainmise du CGRI sur les orientations politiques et nucléaires du pays. Pour les puissances occidentales et Israël, cette nomination signifie un interlocuteur encore moins prévisible et un régime potentiellement plus radicalisé.
Son parcours personnel illustre cette fusion entre l’héritage idéologique et la réalité du pouvoir sécuritaire. Ancien combattant de la guerre Iran-Irak, formé aux séminaires de Qom, Mojtaba Khamenei est resté une énigme, ne s’exprimant que très rarement en public. Mais son influence derrière le rideau était connue : on lui prête un rôle clé dans l’ascension de Mahmoud Ahmadinejad et la répression du mouvement de contestation. Visé par des sanctions américaines depuis 2019, qui le décrivaient déjà comme un agent officieux de l’État, il est aujourd’hui à la tête d’un régime dont l’économie et la société sont exsangues, en plus de subir une guerre ouverte. La mort récente de son épouse, elle-même issue de l’élite politique, dans les bombardements, ajoute une dimension personnelle à la tragédie nationale, mais ne devrait pas infléchir une ligne de conduite qui s’annonce plus répressive que jamais.



