Le Burkina Faso affirme avoir reconquis 73% de son territoire national et libéré 871 localités en 2025, selon le bilan final de la Politique nationale de développement (PND) 2021-2025, présenté le 29 avril 2026 à Ouagadougou. La croissance du PIB réel a atteint 5,3%, tandis que l’inflation est tombée à 0,5% négatif. Ces chiffres, officiels et impressionnants, marquent une inflexion majeure après des années de crise sécuritaire et humanitaire inédite.
Le taux d’exécution global de la PND s’élève à 85,5%, en hausse de 3,6 points par rapport à 2024. Les recettes budgétaires ont totalisé 3 714,2 milliards de FCFA, soit 23% du PIB. Sur le plan humanitaire, 1,06 million de personnes déplacées internes ont regagné leurs localités d’origine, et 73 préfectures ont été rouvertes. Dans le secteur agricole, la production céréalière dépasse 7,14 millions de tonnes, couvrant 126,4% des besoins alimentaires nationaux. Des progrès sociaux sont également avancés : première transplantation rénale, 162 chirurgies cardiaques, ouverture du CHU de Pala à Bobo-Dioulasso et construction de 25 centres de santé.
Ces résultats interviennent dans un pays martyrisé depuis 2015 par une insurrection djihadiste qui a fait des milliers de morts et contraint près de deux millions de personnes à l’exil interne. La PND 2021-2025, opérationnalisée par le Plan d’actions pour la stabilisation et le développement (PA SD), a été mise en œuvre sous des conditions extrêmes, marquées par deux coups d’État en 2022 et l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Le nouveau Plan Relance 2026-2028, adopté le 29 janvier 2026, intègre désormais sa vision fondée sur la souveraineté nationale et l’engagement patriotique. Reste que ces chiffres officiels n’ont pas encore été validés de manière indépendante, et la fiabilité des données en zones reconquises demeure un sujet sensible.
Le défi principal pour les autorités burkinabè est désormais la consolidation. La reconquête militaire doit s’accompagner d’une présence effective de l’administration, de la justice et des services sociaux de base. Le Plan Relance 2026-2028, dont la matrice des réformes stratégiques a été examinée lors de la revue technique, devra prouver que la croissance de 5,3% profite aux populations rurales et aux déplacés de retour. Sans cette transition entre stabilisation sécuritaire et développement économique endogène, les localités dites libérées risquent de retomber sous influence des groupes armés.
Le secrétaire général Vieux Abdoul Rachid Soulama, président du Comité technique national, a attribué ces performances à l’amélioration progressive de la sécurité et aux retombées de l’Initiative présidentielle dans l’agriculture. Il a exhorté les membres du comité à s’approprier la nouvelle matrice des réformes pour impulser un développement endogène et inclusif. Mais plusieurs observateurs rappellent que ce bilan intervient alors que le Burkina reste l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un indice de développement humain parmi les plus bas. La libération de 871 localités est un chiffre fort, mais il ne dit rien de la qualité de vie dans ces zones, ni de la réalité du retour des personnes déplacées, souvent confrontées à des villages détruits et à des infrastructures sanitaires ou scolaires inexistantes.
Enfin, le contexte régional complique l’équation. Le Burkina, désormais allié du Mali et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel, a tourné le dos à la Cedeao et se rapproche militairement de la Russie. Cette recomposition géopolitique influence directement les perspectives économiques : sans accès aux financements traditionnels des partenaires ouest-africains et européens, le Plan Relance devra trouver de nouvelles sources de capitaux. La vérité est que la marge de manœuvre budgétaire reste étroite, et que la souveraineté nationale, slogan officiel, ne se décrète pas sans moyens. Le vrai test pour le capitaine Traoré ne sera pas le nombre de localités libérées, mais leur capacité à rester vivantes et debout.



