Les États-Unis ont infligé une sanction directe à Joseph Kabila, l’ancien président de la République démocratique du Congo, qu’ils accusent formellement de soutenir la rébellion AFC/M23 active dans l’est du pays. Le département du Trésor américain annonce le gel de ses avoirs sous juridiction américaine et l’interdiction de toute transaction avec des entités ou citoyens des États-Unis.
Selon Washington, Kabila aurait fourni un appui financier et logistique au mouvement armé, tout en cherchant à influencer certaines composantes des forces de sécurité congolaises. L’objectif affiché des sanctions est clair : limiter ses capacités d’action financière et accroître la pression sur les acteurs impliqués dans un conflit qui ne cesse de s’envenimer. L’administration américaine estime que ces agissements contribuent directement à l’instabilité chronique des provinces orientales.
Joseph Kabila a quitté le pouvoir en 2019 après dix huit ans de règne marqué par des crises politiques récurrentes et une gestion sécuritaire contestée. Depuis la victoire de Félix Tshisekedi, les relations entre les deux hommes se sont tendues, notamment sur les questions de sécurité et de contrôle des institutions. La rébellion AFC/M23, qui a refait surface fin 2021, est largement perçue par Kinshasa et plusieurs chancelleries occidentales comme bénéficiant de soutiens régionaux et internes bien organisés.
Ces sanctions s’inscrivent dans une série de mesures américaines visant les acteurs des violences dans l’est de la RDC. Elles pourraient ouvrir la voie à des restrictions supplémentaires contre d’autres personnalités politiques ou militaires congolaises, ainsi qu’à des pressions accrues sur les pays voisins accusés de soutenir les groupes armés. À court terme, l’effet attendu est une gêne financière réelle pour l’entourage de Kabila, mais rien ne garantit que cela suffise à tarir les flux logistiques vers la rébellion.
Le gouvernement de Félix Tshisekedi a salué la décision américaine, y voyant un signal fort de la communauté internationale face à la dégradation sécuritaire. À l’inverse, l’entourage de l’ancien président rejette catégoriquement les accusations, dénonçant une manœuvre politique destinée à affaiblir un opposant influent à quelques mois d’échéances électorales sensibles. Cette divergence d’interprétation révèle l’extrême polarisation de la scène politique congolaise.
Sur le terrain, les affrontements impliquant l’AFC/M23 continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire grave. Plus de deux millions de personnes ont déjà fui leurs foyers dans les provinces du Nord et Sud Kivu. Les sanctions contre Kabila, si elles sont bien réelles sur le papier, ne régleront pas à elles seules l’équation militaire. Mais elles signalent que Washington n’entend plus distinguer entre rebelles et soutiens politiques de haut rang.



