Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a présidé ce samedi 7 mars à Dakar la première assemblée générale de la coalition « Diomaye Président ». Initialement conçue comme un simple véhicule électoral pour la présidentielle de 2024, l’alliance entend désormais se muer en une structure politique permanente. Cette réunion marque un tournant majeur : elle officialise l’ambition du chef de l’État de s’émanciper de sa famille politique d’origine, le Pastef, dirigé par son Premier ministre Ousmane Sonko, après plusieurs mois de tensions latentes au sommet de l’exécutif.
« Nous avons conquis le pouvoir avec vous, nous devons l’exercer avec vous », a lancé Bassirou Diomaye Faye devant 500 partisans, cadres locaux et élus. Le discours est clair : il ne s’agit plus d’une alliance de circonstance. Le président a appelé à un déploiement national de la coalition, « dans tous les départements, toutes les communes et tous les villages », avec pour mission première de vulgariser l’action gouvernementale. Une série de textes fondateurs a été adoptée pour accompagner cette mutation, et 300 élus locaux auraient déjà rejoint les rangs ces dernières semaines. Si aucune échéance électorale n’a été officiellement évoquée, les déclarations des soutiens sur scène – évoquant déjà les locales de 2027 et la présidentielle de 2029 – lèvent le voile sur les ambitions à long terme.
Cette structuration intervient dans un climat politique singulier. Depuis leur élection, la dyarchie Faye-Sonko a traversé plusieurs turbulences, alimentant les spéculations sur une possible mésentente. Ousmane Sonko avait lui-même évoqué récemment l’hypothèse d’une « cohabitation douce », une formule inhabituelle pour décrire les relations au sein d’un même camp. Pour les analystes, comme Moussa Diaw, professeur de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, l’acte est désormais posé : la scission entre le président et le parti qui l’a porté au pouvoir est pleinement consommée. Le Pastef n’a pas été renié frontalement, mais l’émergence d’une structure dédiée au chef de l’État redessine les lignes.
Les prochains mois diront si cette nouvelle configuration politique apaise ou exacerbe les rivalités. En attendant, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir capitaliser sur son bilan et son image. Ses partisans l’ont présenté, lors de cette assemblée, comme un « pilier pour la stabilité » dans une région ouest-africaine en proie à une « ceinture de feu » de coups d’État. En promettant de « ne jamais trahir » sa coalition, le président pose les jalons d’une base politique autonome, capable de soutenir son action immédiate tout en préparant le terrain pour les batailles électorales futures.
Me Abdoulaye Tine, membre influent de la coalition, a résumé la philosophie du moment : « Une coalition de conquête n’est pas une coalition d’exercice. Il fallait recentrer la coalition pour soutenir le mandat présidentiel, vulgariser son action, mais aussi préparer les futures échéances. » Cette déclaration illustre le passage d’une logique de rassemblement ponctuel à une logique de consolidation du pouvoir sur la durée. Reste à savoir comment cette évolution sera perçue par l’électorat, et surtout comment elle affectera l’équilibre fragile avec le Premier ministre Ousmane Sonko, dont l’influence sur la galaxie Pastef demeure prépondérante.



