L’Institut Pasteur de Dakar (IPD) est en passe de marquer un tournant décisif dans la lutte contre les fièvres hémorragiques. L’institution sénégalaise a annoncé avoir franchi des étapes clés dans le développement d’un candidat vaccin contre le virus de Marburg, un pathogène de la même famille qu’Ebola, dont le taux de létalité peut atteindre 88 %. Si les travaux aboutissent, l’IPD deviendrait l’un des premiers acteurs africains à finaliser un vaccin contre cette menace sur le continent.
Concrètement, le projet repose sur un transfert de technologie initié avec le laboratoire public américain Public Health Vaccines. Plutôt que de repartir de zéro, les équipes sénégalaises ont reçu l’ensemble des protocoles et des processus développés aux États-Unis. Le docteur Marie-Angélique Sène, qui dirige le centre de recherche vaccinale, explique que le défi consiste aujourd’hui à passer de l’échelle du laboratoire à celle de l’industrie. « Nous avons déjà franchi les étapes les plus complexes et nous nous préparons à lancer les derniers runs de bioréacteurs », détaille-t-elle. L’objectif est de boucler cette phase de développement pour entamer rapidement les essais cliniques de phase 1.
Ce travail de recherche s’inscrit dans un contexte sanitaire alarmant. La fièvre de Marburg, bien que moins médiatisée qu’Ebola, circule activement dans une vingtaine de pays africains, de l’Éthiopie à la Guinée équatoriale. Face à des épidémies sporadiques et difficiles à endiguer, la communauté internationale a longtemps peiné à stimuler la recherche. L’IPD bénéficie ici de son statut de centre collaborateur de l’OMS et de son expérience historique dans la production de vaccins contre la rougeole ou la rubéole, un savoir-faire unique en Afrique de l’Ouest.
Au-delà de l’urgence sanitaire, ce projet incarne une vision stratégique pour le continent. L’administrateur général de l’IPD, le docteur Ibrahima Fall, rappelle les leçons amères de la pandémie de Covid-19, lorsque les frontières se sont fermées et que les chaînes d’approvisionnement mondiales se sont brisées. « Nous ne pouvons pas attendre que les outils soient développés par des laboratoires européens », insiste-t-il. Produire localement un vaccin contre Marburg, c’est garantir un accès prioritaire et rapide aux populations africaines, sans dépendre des aléas diplomatiques ou commerciaux.
Les perspectives sont désormais claires. Une fois les essais cliniques validés, la production devrait être transférée vers le vaccinopôle de Diamniadio, une unité de pointe située dans la banlieue de Dakar. L’Institut promet déjà un coût abordable, un point crucial pour une maladie qui touche principalement des pays à ressources limitées. À terme, la plateforme technologique développée pour Marburg pourrait même être adaptée pour produire rapidement d’autres vaccins en cas de nouvelle épidémie, renforçant ainsi la réactivité du continent face aux menaces émergentes.
Ce projet illustre enfin un changement de paradigme dans la coopération sanitaire internationale. Plutôt qu’une simple assistance, il s’agit d’un transfert de compétences assumé. Comme le souligne Ndeye Marie Mba, responsable de la plateforme vaccinale, la maîtrise de cette méthode de production permet à l’IPD de « switcher avec n’importe quel vaccin d’intérêt du moment ». Une fois le processus industrialisé à Dakar, l’Afrique ne sera plus seulement une victime des épidémies, mais un acteur à part entière de leur résolution.



