L’Organisation mondiale de la santé a préqualifié un nouveau traitement contre le paludisme spécialement conçu pour les nourrissons de moins de cinq kilos. Commercialisé sous les noms de Coartem Baby ou Riamet Baby par le laboratoire Novartis, ce médicament se présente sous forme de comprimés dispersibles dans le lait. Il associe deux molécules, la luméfantrine et l’arthéméter, déjà utilisées dans les antipaludéens standards. La décision, annoncée à la veille de la Journée internationale de lutte contre le paludisme, répond à un besoin critique jusqu’ici négligé.
Jusqu’à présent, les bébés infectés par le paludisme recevaient les mêmes traitements que les enfants plus âgés, faute d’alternative adaptée à leur poids. Cette pratique exposait les nourrissons à des risques de surdosage, d’effets secondaires indésirables, voire de toxicité. La nouvelle formulation permet un dosage précis et une administration simplifiée via le lait maternel ou artificiel. En éliminant les approximations médicamenteuses, l’OMS espère réduire la mortalité précoce liée au paludisme, particulièrement élevée chez les tout-petits.
L’Afrique concentre plus de 95 % des cas de paludisme dans le monde. Les enfants de moins de cinq ans représentent les trois quarts des décès dus à cette maladie, soit environ 600 000 morts par an. Chaque année, près de 30 millions de bébés naissent dans des zones à risque élevé de transmission. Malgré les progrès thérapeutiques et vaccinaux récents, le paludisme reste une urgence sanitaire permanente sur le continent. L’absence de traitements pédiatriques adaptés constituait une lacune structurelle que cette préqualification vient combler.
La préqualification ouvre la voie à des achats massifs par des organisations comme GAVI, l’Alliance du vaccin, qui peut désormais passer des commandes pour distribuer Coartem Baby dans les régions les plus vulnérables. Pourtant, une responsable de GAVI a prévenu vendredi 24 avril que les récentes coupes dans l’aide internationale réduisent déjà la capacité du programme à déployer les vaccins antipaludiques en Afrique. Sans financements stables, l’arrivée sur le terrain de ce nouveau traitement risque d’être partielle ou retardée.
Ce paradoxe est frappant : au moment où la recherche offre enfin une réponse technique à un problème ancien, l’assèchement des budgets internationaux menace l’accès effectif. Plusieurs pays africains à forte endémie, comme le Nigeria, la RDC ou l’Ouganda, dépendent très largement des subventions globales pour leurs achats de médicaments essentiels. Sans mécanismes de financement pérennes, les bébés les plus exposés continueront de recevoir des traitements mal adaptés, annulant en partie le bénéfice attendu de cette innovation.
Les experts rappellent que le paludisme ne se combat pas uniquement par les médicaments. La prévention par moustiquaires imprégnées, la pulvérisation d’insecticides et la détection précoce restent essentielles. Mais pour les nourrissons, souvent trop jeunes pour être protégés durablement par ces moyens, un traitement sûr et adapté dès les premières semaines de vie change la donne. Reste à savoir si les promesses des laboratoires et des agences sanitaires résisteront à la rigueur budgétaire imposée par les bailleurs de fonds internationaux.



